J'ai tendu mon hamac et sa moustiquaire entre deux jeunes arbres, à l'endroit que j'avais choisi lors de mon passage, j'étais content de déposer le sac qui commençait à me peser sur les épaules, l'eau, la gamelle en alu de l'armée allemande, la nourriture, le hamac, le poncho, l'appareil photo, la caméra, la paracorde, la ficelle en nylon, séparément ce sont des bricoles qui ne pèsent rien mais ensembles, au bout de quelque heures, cela me scie les épaules, je crois aussi que j'aurais du investir un peu plus dans un vrai sac. J'emballe le tout dans un grand sac poubelle et je le suspends à une corde tendue. Le poncho me sert d'abri au-dessus du hamac, il est prévu comme ça, déployé, il à l'aspect d'une bâche rectangulaire de deux mètres cinquante sur un mètre cinquante, avec des œillets de fixation. Ensuite, je descends dans le lit du torrent, à cet endroit, il est sec, l'eau disparaît dans le sol quelque mètres plus haut, pour en ressortir un peu plus bas, c'est comme ça tout du long, un ruisseau fantasque. Je rassemble des cailloux, pour former un foyer et après avoir ramassé autant de bois aussi sec que possible, il me faut une vingtaine de minutes pour allumer des brindilles, mais finalement, une belle flamme claire monte avec une sorte de gaieté, le léger vent qui descends le lit du torrent fait se courber le filet de fumée bleue. La lumière du jour commence à baisser, je me débarrasse de mon T-shirt trempé pour le mettre à sécher sur une branche, comme il n'y à pas de moustiques, c'est un vrai plaisir de se mettre à l'aise. Un bruit ténu me fait dresser l'oreille alors que je suis assis sur un rocher, regardant le feu. Émergeant de la demi-obscurité, un varan se glisse avec précautions entre les cailloux, lent, mesuré comme le temps, tâtant l'air de sa langue et disparaît derrière les roches, je n'avais pas bougé, retenant ma respiration, immobile.Je mets de l'eau à chauffer pour les nouilles instantanées de mon repas, le bois mort ne manque pas, même le bois sec. C'est agréable un feu de camp mais dans la jungle, ça chauffe un peu trop, alors après mon court repas, je le laisse s'éteindre. Avec une lenteur désespérante, la nuit est tombée, plus que le noir total et les yeux des braises mourantes. Dans le hamac on croirait flotter dans l'espace, tant la nuit est épaisse, mais sans le silence. Les bruits sont plus ténus qu'on pourrait le croire: une simple feuille sèche, il y en à de très larges, fait plus de bruit en tombant qu'un animal précautionneux. Les chauve-souris, grandes comme des rats, sont tellement silencieuses dans leur vol feutré que si je ne les capturais pas dans le faisceau de ma frontale, seul leur cri d'une acuité ténue me renseignerait sur leur présence. De minuscules points brillants, dans la lumière électrique, m'intriguent, je m'en approche pour vérifier, ce sont les yeux de dizaines de petites araignées, tapies sous les feuilles mortes, les cailloux, sur les arbres, tout autour. Une pierre roule dans le lit du ruisseau, un oiseau invisible lance un cri étrange, un gecko tokay pousse sa drôle de plainte. Des grillons ont entamé un concert, quelque grenouilles les accompagnent, par instants. Et soudain, je m'aperçoit que dans le noir absolu, le sol s'est éclairé, des taches fluorescentes, au ras du sol et à la base des troncs, diffusent une lueur fantomatique, étrange et fascinante. Impossible de prendre une photo, je n'ai pas de trépied et sûrement que le temps d'exposition serait très long, cette lueur est trop fugace. Alors que j'essaie de m'endormir, il s'est mis à pleuvoir, d'abord quelque gouttes puis un vrai déluge, mon abri, se révèle efficace, mais avec la tombée de la nuit, la température à baissé, un léger courant d'air froid me glace, le vent canalisé par le lit du torrent est frais, sans plus, mais je grelotte.Sous l'effet de la pluie la fluorescence cesse, puis reprends de plus belle, je peux même discerner les feuilles mortes sur le sol, c'est fabuleux, déconcertant et magnifique. J'ai fini par m'endormir mais quelque chose me réveille dans la nuit, j'ouvre les yeux, je ne vois que du noir et là-haut, dans les étroits espaces entre les frondaisons, la faible clarté qui est celle du ciel nocturne. J'entends près de mon oreille comme un souffle rauque et lent, avec quelque chose d'humain, je me raidis: "c'est quoi, ça?", deux respirations, puis plus rien, j'ai beau m'user les yeux sur l'ombre opaque, je ne vois rien du tout. La légende des fantômes de prisonniers morts, me revient à l'esprit, c'était une visite de courtoisie sans doute. Enfin j'ai réussi à m'endormir quelques heures, d'un sommeil trop lourd et trop court, et je m’éveille comme on ressuscite, alors que le jour pointe, des flaques bien plus claires sont apparues entre les feuillages, des oiseaux s’éveillent, les grillons se taisent, les cigales les remplacent, j'ai du dormir quatre heures, c'est vrai que je n'ai jamais pu me reposer dans un hamac. Les premiers rayons de lumière traversent les feuillages, la forêt fume, une vapeur de brouillard s'élève du sol, rampe autour des buissons, la température remonte très vite. Je rallume le feu qui couve encore sous la cendre, au ruisseau je puise un peu d'eau que je mets à bouillir pour un frugal déjeuner d'Ovaltine et il ne me reste plus qu'a plier mon camp pour rentrer. Je n'oublierai pas cette nuit, ma première nuit en forêt, comme un contact avec le mystère du monde, comme une visite clandestine, et encore plus surnaturelle que je n'aurai pu le rêver...
d'outremer a indigo
C'est un blog sur le voyage mais aussi sur le rêve, la poésie, le réel et l'imaginaire et même sur certaines choses qui me font bondir de joie ou de colère, des citations du jour tirées de mes lectures ou mes propres réflexions.
vendredi 17 mai 2013
jeudi 16 mai 2013
Retour du soleil!
J'avais oublié le répulsif anti-sangsues, donc à la douche, ça coulait comme dans les films d'horreur ou une nana se fait assassiner en faisant sa toilette, mais bon, péripétie, me suis-je dit. Ce temps à duré encore quelque jours et comme me l'avait annoncé Kai, Stéfano est arrivé, avec lui, il apportait le soleil, un ciel d'un bleu espérance accompagnait son retour. Il y traînait avec lui un gars au cheveux gris, plus renfrogné qu'un maton de prison: Alberto, un pote de Gênes, la ville ou il vit. Pas causant, le gars Alberto, et ennuyeux en plus avec ses habitudes strictement végétariennes qu'il porte comme un flambeau, comme si il portait le salut de la planète en clamant que tous ceux qui ne sont pas semblables à lui sont des imbéciles ignorants. Il fait une cure de riz blanc, soi-disant pour "nettoyer son corps", au bout de quelque jours il se plaint d'être fatigué sans comprendre pourquoi, nous avons beau lui expliquer qu'une alimentation constituée d'un bol de riz par jour ressemble au menu d'une prison Chinoise et que les détenus ne doivent pas être en super forme, il n'en démord pas, la seule chose qu'il dévore ce sont les sermons du gourou Osho, il doit avoir quinze kilos de ses bouquins et moi, qui ne croit déjà pas à la vérité inscrite dans les livres, j'ai du mal à croire qu'un type qui reçoit des Rolls en cadeau et les accepte, puisse délivrer un message de quelque importance...Donc, comme le soleil est revenu, j'ai décidé de partir en forêt, j'ai choisi de remonter un peu la piste balisée vers la cascade officielle de Lu Du et de voir ensuite si je pouvais trouver une voie moins fréquentée. Aussitôt dit, aussitôt fait, à peine deux cent mètres après le début de la piste, je trouve un gros arbre tombé en travers du torrent, de l'autre côté il semble qu'il y ait un canal d'écoulement creusé par l'eau de pluie, bien sûr les quelque touristes qui passent par ici ne suivent que la piste balisée, c'est providentiel, le destin, quoi. Alors je grimpe sur le tronc couché et passe assez facilement de l'autre côté, c'est à dire sans tomber dans la flotte.
Il y à une saignée de trois ou quatre mètres de large et de un mètre à un mètre cinquante de haut pleine de caillasse et de rochers qui serpente à travers la jungle, je n'ai qu'à la suivre. Parfois je dois remonter sur le bord et continuer dans la jungle, c'est un étrange ruisseau qui disparaît et réapparait, au gré de son humeur, coulant sur des roches rougeâtres comme un cristal liquide. Tout en progressant sans trop de peine dans la forêt et sur les cailloux glissants, je repense aux deux jeunes touristes qui remontaient le sentier, ils se sont arrêtés alors que je m'apprêtais à emprunter le pont naturel, on s'est dit bonjour et ils m'ont demandé: "tu vas vers la cascade?" j'ai pointé mon doigt sur l'autre berge, et j'ai dit: "non, je vais par là.." alors ils ont continué leur route, sans une question, ni même un peu de curiosité, ça me fait toujours un peu de peine ce manque d'intérêt véritable pour la nature si vibrante qu'il y à a voir en dehors des sentiers battus, mais bon, ils ont besoin de faire les trucs incontournables et demain, ils seront partis vers des ,îles plus accueillantes. Au bout de quelque temps, j'ai constaté qu'il n'y avait pas la moindre sangsue, ni beaucoup d'insectes, en tout cas pas le moindre moustique, quelques oiseaux lointains lancent des trilles joyeuses, on entends murmurer le vent dans les cimes des arbres, il règne ici un calme et une paix irréels. J'ai grimpé une colline à la pente vraiment raide, mais au sol plus sec que je n'aurais pu le croire, pour me trouver face à un escarpement rocheux infranchissable, du moins pour moi, qui ne suis pas un grimpeur. Ensuite, après avoir repéré un bon endroit ou établir un campement, une petite surface plane surplombant le lit rocheux en contrebas, plantée de jeunes arbres, j'ai continué à suivre le ruisseau, aussi loin que j'ai pu. J'ai marché, toujours partie dans les caillasses, partie dans la jungle, un joli oiseau au plumage bleu sombre et au bec jaune est venu m'examiner avec une curiosité sympathique. J'ai siffloté pour l'intéresser, plutôt maladroitement, c'est vrai, mais il avait l'air captivé par ma présence, il à tourné autour de moi, à quelque mètres de distance puis finalement à disparu, c'est le deuxième épisode de ce genre qui se produit à une année de distance, est-ce un esprit du lieu? peut-être bien, après tout. Dans un fouillis de rotins épineux, j'ai failli me ramasser la gamelle de ma vie, par chance j'ai pu me rattraper d'une main sur un rocher, évitant ainsi de me transformer en pelote à épingles, je fais une halte, de temps en temps, je hume l'air, j'écoute le silence inhabituel, je respire la forêt, et je me demande si cet endroit est vraiment hanté par les fantômes des prisonniers morts sur cette île, en fait, à cet instant, je crois que oui, mais de toute manière, je n'ai pas peur des fantômes, je crains bien plus la malfaisance des vivants...
Il y à une saignée de trois ou quatre mètres de large et de un mètre à un mètre cinquante de haut pleine de caillasse et de rochers qui serpente à travers la jungle, je n'ai qu'à la suivre. Parfois je dois remonter sur le bord et continuer dans la jungle, c'est un étrange ruisseau qui disparaît et réapparait, au gré de son humeur, coulant sur des roches rougeâtres comme un cristal liquide. Tout en progressant sans trop de peine dans la forêt et sur les cailloux glissants, je repense aux deux jeunes touristes qui remontaient le sentier, ils se sont arrêtés alors que je m'apprêtais à emprunter le pont naturel, on s'est dit bonjour et ils m'ont demandé: "tu vas vers la cascade?" j'ai pointé mon doigt sur l'autre berge, et j'ai dit: "non, je vais par là.." alors ils ont continué leur route, sans une question, ni même un peu de curiosité, ça me fait toujours un peu de peine ce manque d'intérêt véritable pour la nature si vibrante qu'il y à a voir en dehors des sentiers battus, mais bon, ils ont besoin de faire les trucs incontournables et demain, ils seront partis vers des ,îles plus accueillantes. Au bout de quelque temps, j'ai constaté qu'il n'y avait pas la moindre sangsue, ni beaucoup d'insectes, en tout cas pas le moindre moustique, quelques oiseaux lointains lancent des trilles joyeuses, on entends murmurer le vent dans les cimes des arbres, il règne ici un calme et une paix irréels. J'ai grimpé une colline à la pente vraiment raide, mais au sol plus sec que je n'aurais pu le croire, pour me trouver face à un escarpement rocheux infranchissable, du moins pour moi, qui ne suis pas un grimpeur. Ensuite, après avoir repéré un bon endroit ou établir un campement, une petite surface plane surplombant le lit rocheux en contrebas, plantée de jeunes arbres, j'ai continué à suivre le ruisseau, aussi loin que j'ai pu. J'ai marché, toujours partie dans les caillasses, partie dans la jungle, un joli oiseau au plumage bleu sombre et au bec jaune est venu m'examiner avec une curiosité sympathique. J'ai siffloté pour l'intéresser, plutôt maladroitement, c'est vrai, mais il avait l'air captivé par ma présence, il à tourné autour de moi, à quelque mètres de distance puis finalement à disparu, c'est le deuxième épisode de ce genre qui se produit à une année de distance, est-ce un esprit du lieu? peut-être bien, après tout. Dans un fouillis de rotins épineux, j'ai failli me ramasser la gamelle de ma vie, par chance j'ai pu me rattraper d'une main sur un rocher, évitant ainsi de me transformer en pelote à épingles, je fais une halte, de temps en temps, je hume l'air, j'écoute le silence inhabituel, je respire la forêt, et je me demande si cet endroit est vraiment hanté par les fantômes des prisonniers morts sur cette île, en fait, à cet instant, je crois que oui, mais de toute manière, je n'ai pas peur des fantômes, je crains bien plus la malfaisance des vivants...
dimanche 12 mai 2013
Une journée à la plage
Je n'avais pas vraiment le temps de me laisser sécher, j'ai retraversé l'étendue de gros galets rougeâtres veinés de blanc et je suis rentré à nouveau sous le couvert des arbres. J'ai obliqué vers la gauche, des macaques que je ne voyais pas poussaient des cris rauques, des cris d'alerte pour l'intrus que je suis. Je longe la grosse colline mal fichue que je sais se trouver juste après la plage de galets, la végétation au niveau du sol est relativement clairsemée, pas trop difficile à traverser, sauf qu'il y à plein de petites lianes en travers de mon chemin, dans lesquelles je n'arrête pas de me prendre les pieds, elles sont très solides, inutile de tirer dessus, mais j'évite de les trancher à la machette autant qu'il est possible, je n'aime pas l'idée de traverser la forêt comme un vandale. Un vol de trois ou quatre Calaos pie, traverse le ciel au-dessus des arbres en poussant ces cris discordants qui ont l'air de leur arracher la gorge, en levant les yeux, je les voit à peine, à travers des trouées de feuillages dans la canopée, vision fugitive de plumages noir et blanc. A un moment, je n'ai plus le choix, il faut que je grimpe la colline, je n'ai qu'une idée vague de la topographie du terrain, mais je pense que je dois parvenir au sommet de la crête si je veux me repérer, la pente est un peu raide, à regrets, j'entame la montée. La terre est humide et glissante, pleine de cailloux aux arêtes aiguës qui roulent sous mes pas, je dois m'accrocher aux plantes et aux arbustes pour éviter de me casser la figure, pas d'endroit pour m'arrêter souffler un peu, je ruisselle comme une fontaine, j'ai toujours au bout du nez, une goutte de transpiration qui me chatouille, comme je ne peux pas me servir de mes mains, je souffle fort en mettant ma lèvre inférieure en avant, la goutte s'envole et se reforme quelque minutes plus tard. Enfin, un gros rocher planté dans la pente me permet un arrêt, je me cale, dépose mon sac pour attraper le tuyau de la réserve d'eau. Je bois de longue gorgées, normalement, je n'ai pas besoin de m'arrêter pour ça, c'est le but du sac d'hydratation avec son tuyau, mais j'ai vraiment besoin de souffler, l'année qui vient de s'écouler n'a pas été géniale sous tous les plans, en fait je dis plutôt: une année de merde... Je n'ai pas beaucoup fait d'exercice, ces derniers mois, juste un peu de vélo, je dois me refaire une forme.Cinq minutes après, je suis reparti, j'y arrive finalement sur cette fichue crête et je la suis dans la même direction, on dirait presque du terrain plat. La plage ne doit pas être très loin mais j'ai beau tendre l'oreille, je n'entends pas la mer, il faut que je redescende de l'autre côté pour vérifier. L'autre versant est moins long, mais ensuite il y à une autre montée: Encore! me dis-je, je ne m'en souvenais pas, j'espère seulement que je ne suis pas encore en train de me perdre, cela m'est déjà arrivé. La seconde colline gravie, la pente est moins raide, j'entends le bruit de la mer, ce qui veut dire que je dois redescendre. Normalement, il y à une sorte de lit de ruissellement des eaux de pluie, avec des gros cailloux et des racines qui facilitent la descente, mais j'ai beau chercher, je ne le trouve pas. La pente est vraiment raide et c'est bien plus difficile que de monter, pas du point de vue physique, mais si je perds l'équilibre, je risque vraiment de me faire mal, autant que possible, je m'agrippe à la végétation, vérifiant d'abord la solidité, je me suis fait peur en accrochant un petit tronc qui s'est brisé quand je me suis appuyé dessus. Je descend la pente en biais, parce-que c'est plus pratique mais aussi en espérant retrouver le chemin plus facile que je cherchais. Il me faut contourner des bouquets enchevêtrés de palmiers-rotin épineux, je dérape de nombreuses fois, heureusement même dans la pente, la végétation est suffisante pour me permettre de me raccrocher. Enfin, après avoir tracé mon chemin tant bien que mal et m'être fait agresser par une colonie de minuscules fourmis, en villégiature dans des buissons que je me suis permis de traverser sans leur demander la permission, j'arrive aux bouquets de petits bambous qui annoncent la plage. Le sol devient carrément plat, le bruit de la mer se fait plus puissant, je manque de me faire arracher la peau du visage par une de ces fines lianes très solides et garnies de crochets que les palmiers-rotin balancent au bout de leurs feuilles. Ça c'est un truc auquel il faut vraiment faire attention: que l'on s'accroche la peau ou les vêtements, ce sont toujours eux qui se déchirent, les petits hameçons végétaux, jamais.
Enfin, un espace ouvert, du sable, du soleil, l'horizon! Je me fabrique en vitesse une espèce de cadre en bois flotté, planté dans le sable pour mettre mes affaires à sécher et je me mets à poil, j'ai vérifié, aucune barque de pêcheur à l'ancre, je suis tout seul et tous mes vêtements sont trempés, je peux sortir les "rations de survie" que j'ai acheté en France, c'est pas fantastique au goût, mais ça cale bien et compense plus ou moins les pertes en minéraux dues à la transpiration. Que c'est bon, cette eau bleue, tiède et calme, rien à voir avec l'océan près de chez moi, turbulent et glacé. Cela fait à peine une demi-heure que je suis sur la plage et je vois arriver par le sud, au-dessus de la forêt qui borde la plage, de gros nuages beaucoup trop noirs, j'ai pigé, pas besoin de me faire un dessin, j'ai juste le temps de ré-enfiler mes vêtements mouillés, de sortir mon poncho, plus pour protéger mon sac que moi-même et l'averse se déclenche, tout devient sombre, le ciel, la plage, la forêt. Par chance, au retour, j'ai retrouvé le chemin que je cherchais, ça tombe bien, grimper cette pente glissante et gorgée d'eau aurait été un peu hasardeux et sûrement difficile. La, je grimpe comme un escalier rudimentaire, fait de roches grises et de racines, j'étouffe sous le poncho mais mon sac est à l'abri, mon appareil photo aussi. Cette fois, je coupe tout droit, sous l'eau qui dégouline de partout, pour rejoindre la route, à environ un kilomètre en face, là, les pieds enfin sur un sol dur, enfermés dans des chaussures qui ressemblent à des éponges, j'entame le court chemin de retour, la pluie cesse enfin et je peux me débarrasser de ce foutu poncho et je ne suis pas mécontent de ma journée "à la plage", une bonne balade, l'effort, cela me fait du bien, me rends optimiste, et puis ici, personne pour juger de ma résistance ou évaluer mes "performances", mon but est juste de faire sortir de mon corps tout ce que j'ai absorbé de délétère, physiquement ou en pensée, je ne sais pas si je peux me faire comprendre, mais je me sens comme purifié, le terme n'est pas excessif, je marche, boueux et trempé et je me sens "propre", ce sera encore mieux après une douche, cette idée m'aiguillonne et j'accélère le pas, un petit varan noir et jaune, traverse la route sans se presser en balançant sa longue langue grise....
Enfin, un espace ouvert, du sable, du soleil, l'horizon! Je me fabrique en vitesse une espèce de cadre en bois flotté, planté dans le sable pour mettre mes affaires à sécher et je me mets à poil, j'ai vérifié, aucune barque de pêcheur à l'ancre, je suis tout seul et tous mes vêtements sont trempés, je peux sortir les "rations de survie" que j'ai acheté en France, c'est pas fantastique au goût, mais ça cale bien et compense plus ou moins les pertes en minéraux dues à la transpiration. Que c'est bon, cette eau bleue, tiède et calme, rien à voir avec l'océan près de chez moi, turbulent et glacé. Cela fait à peine une demi-heure que je suis sur la plage et je vois arriver par le sud, au-dessus de la forêt qui borde la plage, de gros nuages beaucoup trop noirs, j'ai pigé, pas besoin de me faire un dessin, j'ai juste le temps de ré-enfiler mes vêtements mouillés, de sortir mon poncho, plus pour protéger mon sac que moi-même et l'averse se déclenche, tout devient sombre, le ciel, la plage, la forêt. Par chance, au retour, j'ai retrouvé le chemin que je cherchais, ça tombe bien, grimper cette pente glissante et gorgée d'eau aurait été un peu hasardeux et sûrement difficile. La, je grimpe comme un escalier rudimentaire, fait de roches grises et de racines, j'étouffe sous le poncho mais mon sac est à l'abri, mon appareil photo aussi. Cette fois, je coupe tout droit, sous l'eau qui dégouline de partout, pour rejoindre la route, à environ un kilomètre en face, là, les pieds enfin sur un sol dur, enfermés dans des chaussures qui ressemblent à des éponges, j'entame le court chemin de retour, la pluie cesse enfin et je peux me débarrasser de ce foutu poncho et je ne suis pas mécontent de ma journée "à la plage", une bonne balade, l'effort, cela me fait du bien, me rends optimiste, et puis ici, personne pour juger de ma résistance ou évaluer mes "performances", mon but est juste de faire sortir de mon corps tout ce que j'ai absorbé de délétère, physiquement ou en pensée, je ne sais pas si je peux me faire comprendre, mais je me sens comme purifié, le terme n'est pas excessif, je marche, boueux et trempé et je me sens "propre", ce sera encore mieux après une douche, cette idée m'aiguillonne et j'accélère le pas, un petit varan noir et jaune, traverse la route sans se presser en balançant sa longue langue grise....
jeudi 9 mai 2013
De roche et de feuilles
Il m'a semblé, ou du moins l'ai-je espéré, qu'il allait faire beau, ce jours-là. Depuis une semaine que j'avais planté ma tente, pas une journée ne s'était passée sans qu'il pleuve, ça commençait à devenir lassant. Mais ce matin, le ciel avait un aspect engageant, un petit air amical, bleu et ensoleillé, en faisant abstraction des quelque nuages gris qui s'obstinaient à traîner leurs haillons. Alors je me suis dit que ce matin, j'allais faire un tour à la plage, pas celle près de laquelle est installé mon camp, non, une autre que l'on peut atteindre seulement par la mer, ou bien en traversant 1 km de jungle à partir de la route. Autant dire que la plupart du temps, cette plage est déserte, on y voit parfois une barque de pêcheurs qui s'y arrêtent pour une sieste ou pour faire de l'eau douce à la source qui coule depuis la jungle sur le sable, traçant un léger sillon dans la plage humide et disparaissant avant de se mêler à l'eau salée.
Pour faire une balade un peu plus longue, je suis parti du bout de la plage d'Ao Molae, là, je suis entré dans la forêt, à chaque fois, c'est un émerveillement, je ne m'en lasse pas. Aujourd'hui, les rayons de soleil donnent vie à la forêt, des oiseaux invisibles chantent à tue-tête, des taches lumineuses parsèment le sol couvert de feuilles mortes, un éclat de lumière sur le tronc court d'un palmier épineux donnent l'illusion que ses fines épines sont faites d'or éclatant.
J'ai surpris une vache sauvage, oui, il y en à, des vraies avec des cornes et tout, elle vivent dans cette zone de la forêt, autour de l'étang caché vers lequel je marche et ne sortent que la nuit. La vache s'est enfuie en faisant autant de bruit qu'un tracteur agricole lancé à travers la forêt, j'ai eu juste le temps de voir sa robe rousse. Les eaux de l'étang avaient par endroits des reflets de jade dans des nuances de vert et de jaune, il y à une petite île au milieu, juste comme une grosse motte de terre noire et de racines emmêlées couronnée par une touffe de palmiers, des "licuala spinosa" avec de longues feuilles triangulaires traversées par le soleil, ces plantes aiment avoir les pieds dans l'eau, là on ne peut pas faire mieux. Les rives sont boueuses, on y voit des traces de sabots mais les vaches sont maintenant définitivement invisibles, sur les troncs des arbres, sont collées ces grosses fougères que l'on nomme chez nous: "cornes de cerf" à cause de la forme caractéristique de leurs feuilles, ce ne sont pas des parasites, comme certaines orchidées elle se nourrissent des particules végétales emportées par le ruissellement de l'eau. Elle recueillent leurs nutriments dans une large feuille collée contre les troncs et qui leur servent à la fois de pied et de pot de fleurs, ces sortes de plantes qui ne sont pas parasitaires mais vivent sur d'autres espèces sont appelées "plantes épiphyte" j'aime bien ce mot, quand je le prononce j'ai l'impression d'en savoir long alors que je ne sais rien du tout.
La première plage est faite de rocs et de galets rouges, c'est à peine si un peu de sable y pose une légère tache de blanc, étrange, ce paysage minéral, alors que derrière moi il y à un rideau de verdure, dense et mouvant, le soleil frappe sauvagement les cailloux mais cela fait déjà un bon moment que je suis trempé de transpiration. Je me suis assis sur des rochers, à l'ombre, regardant la mer, elle est d'un profond bleu de céruleum, comme un mélange de l'outremer du lapis-lazuli et de turquoise. Il y à un vent léger qui me donne des frissons glacés en caressant mon T-shirt trempé, d'ici, je vois une autre île au loin, sans doute Koh Bulon, ce silence et ces couleurs sont comme un baume apaisant sur des blessures mal guéries. Loin au-dessus de moi, un aigle pêcheur couleur de rouille et de neige, plane sur la brise, si libre, si haut, qu'il me donne la nostalgie du ciel, comme si dans une autre vie j’avais été un oiseau et que cette incarnation m'avait privé de mes ailes...
Pour faire une balade un peu plus longue, je suis parti du bout de la plage d'Ao Molae, là, je suis entré dans la forêt, à chaque fois, c'est un émerveillement, je ne m'en lasse pas. Aujourd'hui, les rayons de soleil donnent vie à la forêt, des oiseaux invisibles chantent à tue-tête, des taches lumineuses parsèment le sol couvert de feuilles mortes, un éclat de lumière sur le tronc court d'un palmier épineux donnent l'illusion que ses fines épines sont faites d'or éclatant.
J'ai surpris une vache sauvage, oui, il y en à, des vraies avec des cornes et tout, elle vivent dans cette zone de la forêt, autour de l'étang caché vers lequel je marche et ne sortent que la nuit. La vache s'est enfuie en faisant autant de bruit qu'un tracteur agricole lancé à travers la forêt, j'ai eu juste le temps de voir sa robe rousse. Les eaux de l'étang avaient par endroits des reflets de jade dans des nuances de vert et de jaune, il y à une petite île au milieu, juste comme une grosse motte de terre noire et de racines emmêlées couronnée par une touffe de palmiers, des "licuala spinosa" avec de longues feuilles triangulaires traversées par le soleil, ces plantes aiment avoir les pieds dans l'eau, là on ne peut pas faire mieux. Les rives sont boueuses, on y voit des traces de sabots mais les vaches sont maintenant définitivement invisibles, sur les troncs des arbres, sont collées ces grosses fougères que l'on nomme chez nous: "cornes de cerf" à cause de la forme caractéristique de leurs feuilles, ce ne sont pas des parasites, comme certaines orchidées elle se nourrissent des particules végétales emportées par le ruissellement de l'eau. Elle recueillent leurs nutriments dans une large feuille collée contre les troncs et qui leur servent à la fois de pied et de pot de fleurs, ces sortes de plantes qui ne sont pas parasitaires mais vivent sur d'autres espèces sont appelées "plantes épiphyte" j'aime bien ce mot, quand je le prononce j'ai l'impression d'en savoir long alors que je ne sais rien du tout.
La première plage est faite de rocs et de galets rouges, c'est à peine si un peu de sable y pose une légère tache de blanc, étrange, ce paysage minéral, alors que derrière moi il y à un rideau de verdure, dense et mouvant, le soleil frappe sauvagement les cailloux mais cela fait déjà un bon moment que je suis trempé de transpiration. Je me suis assis sur des rochers, à l'ombre, regardant la mer, elle est d'un profond bleu de céruleum, comme un mélange de l'outremer du lapis-lazuli et de turquoise. Il y à un vent léger qui me donne des frissons glacés en caressant mon T-shirt trempé, d'ici, je vois une autre île au loin, sans doute Koh Bulon, ce silence et ces couleurs sont comme un baume apaisant sur des blessures mal guéries. Loin au-dessus de moi, un aigle pêcheur couleur de rouille et de neige, plane sur la brise, si libre, si haut, qu'il me donne la nostalgie du ciel, comme si dans une autre vie j’avais été un oiseau et que cette incarnation m'avait privé de mes ailes...
samedi 4 mai 2013
Un nouvel ennemi
Après avoir réglé mon problème de singes voleurs sans avoir du planifier un sanglant Armageddon, je me suis rendu compte, en me déshabillant que mes précieux mollets avaient été attaqués par un autre ennemi sournois. Un monstre bien plus petit mais beaucoup plus répugnant, œuvrant dans l'ombre et le silence comme un vampire, pour me ravir mon bien le plus précieux, ma liqueur de vie, mon joli sang si rouge. Horreur et putréfaction! me suis-je exclamé en découvrant la scène de crime, qui en l’occurrence était mon propre corps, surtout mes chevilles et mes jambes. Heureusement, il n'y avait nul besoin de pratiquer une autopsie, d'ailleurs je n'y tenais pas étant donné que je n'étais pas tout à fait mort. Les rigoles rouges sur mes mollets désignaient le, ou plutôt les coupables, d'ailleurs certains était encore là, s'attardant sur le lieu de leur forfait, en train de se gaver, ignominieusement gonflés, gluants, boursouflés par leur festin criminel. Les immondes sangsues! les insidieuses goules, embusquées dans la forêt détrempée, guettant des proies innocentes, telles de hideux suceurs de sang en série. Bref, la pluie avait provoqué la prolifération de ces vilaines bestioles, surtout dans les zones les plus humides de la forêt, près des marécages ou des petits cours d'eau. Cela m'était sorti de la tête mais à Bangkok, j'avais acheté un anti-moustiques faisant également office de répulsif pour sangsues, bonne occasion de le tester, j'aurais du y penser avant, cela m'aurait évité d'avoir mollets et chevilles constellés de morsures. Il faut éviter de se gratter, la sangsue ne transporte aucun virus mais la plaie peut s'infecter au contact des ongles, il faut également éviter de l'arracher en tirant dessus car son estomac contient des bactéries qui peuvent infecter la morsure. Foin de tous les systèmes douteux, genre cigarette ou sel, ça ne vaut rien, je les enlève en glissant une lame de couteau contre la peau, c'est le meilleur système.
Donc, comme le temps pluvieux persistait, avant de partir, j'aspergeais copieusement mes jambes, mes chaussettes (parce qu’elles se glissent aussi dans les chaussures, les saletés!) et mes chaussures. Le produit est efficace, c'est un fait, mais cela incite les bestioles affamées à grimper plus haut, ainsi, de retour d'une excursion avortée à cause des éléments, je me suis aperçu que sur mon T-shirt, s'étalaient de grosses taches de sang, comme si j'avais été gravement blessé: les bestioles avaient remonté le long des jambes de pantalon et s'étaient glissées sous mes vêtements. Sur la route, au sortir de la jungle, j'ai croisé un couple de jeunes touristes Français qui, après les salutations d'usage, se sont inquiétés des traces sanglantes que je portais. J'ai donc expliqué, cela les à autant terrifiés que si j'avais narré une attaque de serpents, la fille surtout, qui, avec son petit short en jean et ses chaussures ouvertes à talon haut, n'avait pas l'air d'avoir compris qu'ici, ce n'était pas l'endroit pour un défilé de mode. Elle à tiré nerveusement sur son petit chemisier blanc pour tenter de couvrir son ventre dénudé et à gémi en écarquillant les yeux de terreur "des sangsues?" J'ai eu beau expliquer que c'était en forêt et pas sur la route, je pense qu'ils ont pris le premier bateau le lendemain. C'est sûr, certains feraient mieux de rester devant leur télé, ça leur donne l'impression d'être en sécurité, impression trompeuse s'il en fut. Mais que ce genre de touristes soit une majorité ne me gêne pas, au contraire, chacun son truc, c'est aussi bien, tout seul dans la verdure, près du cœur de notre Mère à tous, cela me convient tout à fait.
Donc, comme le temps pluvieux persistait, avant de partir, j'aspergeais copieusement mes jambes, mes chaussettes (parce qu’elles se glissent aussi dans les chaussures, les saletés!) et mes chaussures. Le produit est efficace, c'est un fait, mais cela incite les bestioles affamées à grimper plus haut, ainsi, de retour d'une excursion avortée à cause des éléments, je me suis aperçu que sur mon T-shirt, s'étalaient de grosses taches de sang, comme si j'avais été gravement blessé: les bestioles avaient remonté le long des jambes de pantalon et s'étaient glissées sous mes vêtements. Sur la route, au sortir de la jungle, j'ai croisé un couple de jeunes touristes Français qui, après les salutations d'usage, se sont inquiétés des traces sanglantes que je portais. J'ai donc expliqué, cela les à autant terrifiés que si j'avais narré une attaque de serpents, la fille surtout, qui, avec son petit short en jean et ses chaussures ouvertes à talon haut, n'avait pas l'air d'avoir compris qu'ici, ce n'était pas l'endroit pour un défilé de mode. Elle à tiré nerveusement sur son petit chemisier blanc pour tenter de couvrir son ventre dénudé et à gémi en écarquillant les yeux de terreur "des sangsues?" J'ai eu beau expliquer que c'était en forêt et pas sur la route, je pense qu'ils ont pris le premier bateau le lendemain. C'est sûr, certains feraient mieux de rester devant leur télé, ça leur donne l'impression d'être en sécurité, impression trompeuse s'il en fut. Mais que ce genre de touristes soit une majorité ne me gêne pas, au contraire, chacun son truc, c'est aussi bien, tout seul dans la verdure, près du cœur de notre Mère à tous, cela me convient tout à fait.
jeudi 2 mai 2013
Rebelote!
Le soir, au petit restau, après que je me sois sustenté avec l'aide d'un délicieux Pad Thai concocté par Tam, excellente cuisinière et épouse de Pitcha, on à beaucoup discuté, j'ai appris que Stefano, mon pote Italien, un habitué, arriverait dans quelque jours, et que ce temps de chiottes durait déjà depuis un moment. Kaï, le joyeux compagnon, venait s'asseoir à ma table entre deux clients, et balançait quelque vannes, histoire de garder la forme et puis, comme j'étais un peu crevé, je suis parti me coucher. Dans la nuit, il est tombé des cordes, la tente prenait un peu l'eau malgré la bâche, les joies du camping, quoi... C'est le lendemain, profitant de mon absence que la bande des punk à réitéré sa tentative de pillage. Prudent, j'avais tout emballé dans les sacs, bien bouclés, mais j'ai quand même eu droit à un autre trou dans ma tente, là je me suis dit que j'allais me rapprocher de la civilisation et m'éloigner un peu de la jungle. Avec l'aide du placide Pitcha, j'ai déménagé d'une cinquantaine de mètres mais il m'a fallu improviser avec du bois flotté pour tendre la bâche, ensuite, profitant d'une éclaircie je suis allé me balader en forêt, j'ai testé mon GPS, et sur une colline j'ai essuyé un gros orage. Sous les grands arbres, ce n'était pas forcément le meilleur endroit pour être en sécurité, ça grondait et tonnait, mes chaussures étaient trempées et moi aussi, même sous le poncho. J'ai glissé plusieurs fois dans la boue, la forêt était toute sombre et les feuilles luisaient comme enduites de vernis, finalement, au bout de quelques heures, j'ai décidé de rentrer en me fiant à la flèche du GPS qui pointait vers mon point de départ. Facile! me suis-je dit, eh bien non, dans la jungle, la ligne droite n'est pas le meilleur chemin, je me suis empêtré dans les lianes, les branches, j'ai pataugé dans un terrain spongieux et glissant plein de mares boueuses et même avec l'aide de mon coupe-coupe bien affûté, j'ai galéré comme un malade, comme quoi on peut être perdu sans l'être. J'ai finalement réussi à regagner la route dans l'état d'une vieille serpillère, sale et trempé, craignant pour mon appareil photo dans le sac humide. Quand j'ai regagné mes pénates, j'ai tout de suite compris que quelque chose n'allait pas: il y avait une grosse déchirure sur le côté de la tente, par ou une main simiesque et malfaisante avait tenté d'extraire un sac en nylon contenant de la lessive et une brosse, les singes, bien sûr, encore eux! Les saletés de quadrumanes avaient encore frappé! Sur le coup, je me suis dit que j'allais faire un carnage, fabriquer à leur intention une arme de destruction massive, opérer une vengeance sanglante, et puis j'ai réfléchi à froid, en évacuant toute idée de violence sanguinaire à l'encontre de mes frères primates, je devais la jouer en finesse. J'ai passé le reste de la journée à fabriquer un système de défense du style guerre du Vietnam en entourant ma tente de pieux de bambou effilés et de filets de pêcheur récupérés sur la plage, le tout agrémenté des fruits toxiques du Barringtonia, pour faire bonne mesure, car j'avais remarqué que les macaques évitaient soigneusement ces beaux arbres aux larges feuilles brillantes plantés en bord de mer. Mon campement est devenu un endroit redoutable aussi bien défendu que fort Knox et aussi peu engageant que la citadelle du seigneur des ténèbres! Eh bien, croyez-moi si vous voulez, ça à très bien marché! Les singes sont bien comme les humains, malfaisants mais couards, et à partir de ce moment, ils m'ont fichu la paix, Kaï m'a donné un lance-pierre, qui m'a servi à faire de temps en temps, une petite piqûre de rappel, c'était inutile du point de vue stratégique mais ça détend, en plus je suis très mauvais tireur, les singes ne le sachant pas, ça faisait tout de suite son petit effet...
lundi 29 avril 2013
L'appel du vert
Je suis arrivé à Bangkok dans un état un peu comateux, un peu zombie même, pour être honnête, mais le lendemain, après une nuit de chauve-souris, je suis reparti direct vers le sud, j'étais un peu inquiet, le temps était pluvieux, j'étais morose et épuisé. A Hat yai je me suis dit qu'il valait mieux me reposer un peu, la guest house était légèrement pourave, les sanitaires basiques selon les critères Européens mais le lit suffisamment grand pour y étaler ma misère et me reposer les yeux, sinon j'allais avoir un arrêt cardiaque. Le surlendemain, mon sac était gonflé à bloc et moi aussi, j'avais acheté des boîtes hermétiques, des fruits secs, une paire de claquettes et de l'ovaltine, un truc en poudre à base de soja. C'est sur que sans les touristes, rien ne serait pareil, il y à une dizaine d'années le petit port de Pakbara et ses vieilles barques qui pourrissaient dans la vase de la berge avait un autre visage. Là, c'est un terminal grand comme un aéroport de campagne qui grouille de monde dans l'habituel bordel organisé, finis les petits bateaux de bois si frêles dans les vagues, ce sont de véritables fusées de plastique qui foncent sur les flots, chargés et même surchargés d'humains munis d'un large éventail de sacs de toute sorte. Bien sûr, comme toujours, c'est chacun pour soi, les plus jeunes se posent, les moins rapides restent debout, il n'y en avait qu'un, c'était moi... Mais dès que j'eus débarqué sur Tarutao, tout à changé, des visages connus m'ont souri, j'ai serré des mains et après m'être enregistré j'ai cramé une bonne heure dans la chaleur moite en attendant le petit camion bleu qui m'emmènerait à Ao Molae. Kaï était là, souriant et replet "hey mister John!!" et le grand Pitcha, sa clope au bec et Deng qui se marre tout le temps et la minuscule et adorable peste qui lui sert de fille: Fei. La tente achetée sur internet était bien trop petite, c'était moi ou le sac, impossible de caser les deux, pourtant j'étais sûr qu'elle était à deux places...Kaï m'en à prêté une bien plus grande, mais fragile comme du papier, vieille et brûlée par le soleil, la bâche de plastique, couleur camouflage (ça fait plus aventurier) que j'avais dans mon sac, signe que je n'avais pas tout foiré, m'a bien servi à rendre plus étanche un abri qui ne l'était pas du tout. J'avais l'impression d'être rentré à la maison, même les fourmis rouges me sont tombées dessus, histoire de me dire bonjour et de me mordre un peu, mais il n'y avait rien de personnel, juste la routine. J'ai déballé mes affaires sous une pluie battante, "encore une putain de journée au paradis!" Une fois installé, j'ai éprouvé le besoin de me nettoyer le corps des émotions et de la transpiration, mais au retour du local des douches, distant d'une bonne centaine de mètres (j'aime bien m’installer à l'écart), j'ai trouvé mon abri fragile éventré, mes possessions étalées alentour, dans un désordre ineffable et bien sûr, les coupables, ces pourritures de macaques avec des crêtes de punk et des regards malfaisants, même qu'ils me regardaient de travers parce-que je les avais dérangés dans leur pillage. Ils avaient mordillé mon tube de colle forte et dépiauté les cachets de Paracétamol, mais n'avaient pas eu le temps de s’intéresser à la nourriture, coup de chance, si je peux dire. Bref, j'étais revenu, pour couronner le tout, il s'est remis à pleuvoir, de lourdes averses sous un ciel qui ressemblait au crépuscule, tout gris, pas amical pour un rond "Pfft!" je me suis dit, "m'en fous! chuis loin, pour quelque semaines, j'habite ici..." et comme je suis incapable de vivre sur le long terme, je n'ai pensé qu'au lendemain et je me suis attelé à la réparation de ma tente...
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