lundi 17 août 2015

L'inaccessible étoile










Maintenant j'ai vraiment envie de partir, quitter mon nid pour l'espace. Pour un temps relativement court, j'aime les villes, les villes de vie et de souffrance, de bonheur et de fraternité. Pour cela, j'aime Bangkok au nom véritable qui ne peut être prononcé par nous, les farangs. J'aime Bangkok, la cité des anges ou il n'y à pas d'anges, juste des gens qui survivent comme partout des gens simples, des filles qui tentent de gagner une vie meilleure en vendant leur corps gracile, des pauvres, dans les baraques déguinglées sous les piles de béton des autoroutes. Et puis tout un tas, une multitude d'habitants anonymes qui comme nous, cherchent une part de bonheur. Comme des damnés, chaque jour chaque nuit, ils tentent de gagner leur part de paradis. Si vous venez ici, vous pourrez les croiser dans les rues et vous serez étonnés à quel point ils vous sont semblables, si vous prenez la peine de les connaître. C'est l'essence même du voyage, connaître les gens, soupeser et trouver comme notre sœur, l'âme de ces gens d'ailleurs, si près, si proches que le racisme n'est qu'une aberration d'esprits malades..
Ce que j'aime dans ces villes d'Asie; et cela devient moins vrai chaque jour; c'est cette habitude culturelle de vivre au-dehors, de rendre les rues plus vivantes que dans nos cités moribondes. Un jour, c'est certain, Pnohm penh, Djakarta ou Saïgon finiront par ressembler à ce modèle insipide, le nôtre, qui semble tellement les séduire. Ce jour venu, je ne serai plus là, mais avec orgueil, par delà le néant je dirais: "J'ai connu la vieille Asie, les villages en bois de teck au bord du fleuve Mékong, les fragiles palais de brique du Népal, les maisons sur pilotis dans le delta de l'Irrawady, le pays aux trois moissons de riz par an. Je suis Bouddhiste, Musulman et Chrétien tout à la fois, seul m'importe l'aboutissement, pouvoir m'asseoir dans un espace et me vendre sans rien y gagner, sans rien perdre et en laissant tout ce que je n'ai pas ou que je crois posséder..".
De mes bras, mes simple bras de chair, j'embrasse le monde, vous y êtes aussi, vous qui me lisez, humains de mon espèce, à la recherche de l'impossible étoile, l'introuvable bonheur, l'éclair de jouissance qui nous laissera dans l'illusion que nous sommes heureux.

samedi 15 août 2015

L'été se termine, suivons le soleil..



Fini l'été, il est passé si vite.. Juste le temps de nous sourire et de dire: "Hé, salut les gars, vous voulez arrêter de frissonner, de couvrir de laine vos peaux blanchâtres, vous voulez croire à nouveau que le ciel peut être bleu et l'air tiède? voilà un peu de lumière dans vos cœurs et d'espoir dans vos vies...". Bien sûr, on ne peut jamais se satisfaire de ce que l'on à, alors surviennent les spectres du cancer de la peau, de la sécheresse, des accidents de la route, les dangers de la baignade... Hola, petit peuple craintif, ne crois pas être heureux si facilement!
On à économisé pour payer à la petite famille de chiches vacances, je le sais, je les vois autour de moi, naviguer à l'économie en essayant de grappiller un peu de bonheur. On fait les courses au supermarché: deux pommes, trois tomates, quatre tranches de jambon, parfois, soyons fous, on se paye le restau. Pendant ce temps, j'entends que l'on saisit pour presque dix millions d'euros de villas luxueuses à un "élu du peuple" qui à joué de sa position pour escroquer l'état et donc nous! Je grogne et je rage de voir qu'un travail honnête et merdique ne me permet que de vivre chichement dans mes 44 mètres carrés, économisant pour assouvir mon rêve d'ailleurs...
Et puis je me dis aussi que je ne suis pas plus con que la moyenne, peut-être pas trop doué pour les études mais comme beaucoup de gens, j'ai choisi d'être honnête et donc, pauvre. La aussi, je sais de quoi je parle, une belle-famille peu scrupuleuse, avide d'agrandir son patrimoine de bourgeois locaux à sucré sous mon nez la maison de mon arrière-grand-mère, je ne suis pas assez attentif ou est-ce le destin?.
Seulement voilà, j'ai des rêves qui ne sont pas d'or vulgaire, ils sont seulement fait de la poussière brillante du marchand de sable, celle que nous fabriquons dans notre enfance et qui doit nous servir tout le reste de notre vie. Dans cet été finissant déjà, je vois les prémices de mon rêve de tropiques remonter à la surface, l'hiver et ses froidures sont embusqués sur ma route, leurs doigts glacés ne veulent que prendre ma joie et mon énergie: pas question!.
Je suis déjà presque prêt, la tente, le matériel de randonnée, gamelle, allume-feu; une nouvelle machette un peu plus grande et pratique, des hameçons et des plombs pour la pêche, des cordes de nylon, une bâche..
Il me reste encore quelque bricoles à trouver, comme le lance-pierre pour faire fuir les macaques ou un kit contre les morsures de serpent à l’efficacité inconnue. Peut-être que je vais investir dans un appareil photo étanche, cela va m'embêter de me passer du Canon mais j'ai failli le bousiller plusieurs fois dont une en traversant un ruisseau, c'est un signe. Le Ricoh WG-30 à un peu plus de deux cent Euros me paraît une alternative fiable, il ne craint pas l'eau et relativement peu les chocs, à voir surtout si je pars en Décembre et suis confronté aux dernières pluies. Je les connais ces brutaux orages d'eau tiède, de gouttes lourdes, la chaussée fumante après l'averse, le ciel brouillé pesant comme un couvercle.
Pour le reste j'ai déjà ce qu'il me faut, surtout l'excellent hamac de jungle avec sa moustiquaire, très solide et confortable et le sac de couchage en tissu polaire, très suffisant pour ces régions chaudes. Voilà, le rêve est en marche, j'ai en tête une belle randonnée de plusieurs jours dans la jungle avec mon copain Stefano, et de belles balades tout seul dans le vert pour satisfaire mon goût de la solitude.
Ce que je ne sais pas encore c'est si je partirai deux mois ou  plutôt trois.. Je dois faire mes comptes et réfléchir à mes désirs pathétiques alimentés par la poussière du marchand de sable, mais pas seulement, en attendant je dois aussi bosser car la maigre obole d'une hypothétique retraite me permettrait à peine de survivre. Mais tout viendra en son temps, la roue paresseuse de mon karma tourne toujours et le monde est juste là, dehors...

vendredi 7 août 2015

Mediter sur la dune



C’est un dimanche d'été, je viens de prendre un an de plus dans la tronche et du coup, j'ai envie de m'aérer. Je suis du matin, et ce matin semble parfait pour une balade en vélo. Le bleu pâle du ciel s'ouvre lentement comme une porte sur le lever du soleil, la douceur de l'air me réconcilie avec les aléas de la vie en région "tempérée". Il est huit heures, le moment d'enfourcher mon vieux VTT pour pousser une balade le long de la dune.
Vite traversé le village d"été et le tas de camping-cars alignés de manière réglementaire sur leur parking réservé. Ils sont encore endormis, ces braves vacanciers et je profite de leur absence. après l"asphalte, le chemin de terre, puis la forêt de pins au sol matelassé d'aiguilles brunes, encombré de branches mortes et de fruits écailleux, de "pignes" comme on dit ici.
Enfin, je quitte le chemin, les pneus crantés mordent dans le sol sableux, les herbes dures, les lichens desséchés, parfois, le sable trop mou, happe mes roues, je dois mettre pieds à terre, hors d'haleine, je sors ma gourde, une gorgée d'eau descends dans ma gorge altérée.
Je grimpe sur la dune, tirant mon vélo avec moi, il fait déjà chaud. De la-haut, quand je m'avance un peu, je vois la mer, bleu sombre, lisse en apparence, presque immobile et j'inspire son parfum puissant, je ressens sa présence patiente, j'entends le grondement inlassable des vagues, brassant et polissant le sable du rivage. J'ai seulement besoin de me retourner pour voir le moutonnement vert de la forêt, entendre le chant des cigales, voir à contre-jour, le vol d'une Buse variable, à la recherche d'une proie.
Je choisis un endroit, face à la forêt et je m'assieds pour un instant de méditation, en face, le soleil qui s'élève lentement, sa chaleur caresse mon visage. Mes paupières fermées sont un voile doré et je m'enferme à l’intérieur de moi-même, dans ma maison de bambou, un abri qui respire et qui ressent, que je construit juste en pensée. Mes sens palpent l'univers autour de moi, ah! le plaisir de ne penser à rien, de n'être ni futile ni sérieux, seulement une minuscule poussière d'homme, grain de sable sur le sable de la dune.
Une demi-heure est déjà passée, le temps ne comptait plus et le revoilà, je reprends mon vélo, dégringole la pente. Là-bas, la forêt commence, mais c'est une avant-garde, des soldats sacrifiés qui supportent la force du vent des tempêtes en hiver, la gifle salée des embruns mêlés de sable. Les premiers arbres ne sont même pas des arbres, juste des buissons, rampant au ras du sol, et plus loin derrière ils grandissent à peine, blessés, tordus, brisés, cherchent désespérément à reprendre leur place à se redresser, contusionnés sans fin dans des cabrioles douloureuses. Devant moi, un lièvre s'est enfui, me montrant son cul blanc qui court en zig-zag vers les fourrés de ronces et la buse à infléchi son vol juste une seconde trop tard.
J'ai traversé ensuite une zone de pins grêles mais droits, emmêlés dans une jungle de ronces et d'ajoncs, ceux-là non plus, on ne les coupe pas, ils protègent les vraies cultures, les pins alignés comme des plants de maïs, monotones et sans surprises, traversés par une piste cyclable que je n'emprunte pas, une autoroute de cyclistes de marcheurs et de joggers bruyants et polis. Je me contente du chemin forestier, après tout, le VTT c'est fait pour ça, rouler n'importe ou, sortir des sentiers battus, écouter respirer la nature, s'imbriquer un instant dans la place qui nous est réservée au sein du monde. et je me dis que quatre mois me séparent encore d'une autre nature, d'une autre forêt, issue d'un monde si différent mais qui pourtant est le même...
D'un côté la forêt..


La première ligne.
De l"autre, la mer..

Dans un creux de dune, une mare à grenouilles.

La lutte contre le vent et le sel.

Les premiers arbres, un peu maigrichons

La jungle des pinèdes



Au bord du sentier, la fougère Aigle



Alignés comme de vraies plantations..

mercredi 29 juillet 2015

La quête..



… «  Car notre quête n’est plus de cuivre ni d’or vierge, n’est plus de houilles ni de naphtes, mais comme aux bouges de la vie le germe même sous sa crosse, et comme aux antres du Voyant le timbre même sous l’éclair, nous cherchons, dans l’amande et l’ovule et le noyau d’espèces nouvelles, au foyer de la force l’étincelle même de son cri !… »


Saint John Perse "Vents"

mardi 28 juillet 2015

L'argent


"..Nous manquons de quelque chose dont nous ne ignorons l'origine et comment il est injecté dans la société.  Imaginons comme l'a fait Jacques Duboin il y a près d'un siècle, que nous faisions visiter notre pays à quelque voyageur venu de l'espace. Devant le désastre, il s'exclame :
- "Mais pourquoi ne construisez vous pas plus de logements pour les sans abris ? Manquez vous de ciment ? Pourquoi n'aidez vous pas davantage les personnes âgées, les malades et les plus faibles d'entre vous ? Manquez vous de bras, de lits ou de nourriture ? 
- Rien de tout cela, nous manquons d'argent !" lui répondez vous
- "Mais qu'est ce que c'est ?" 
 Et devant le billet de 20 euros que vous sortez de votre portefeuille, il ouvre de  grands yeux:  
-"...mais c'est un bout de papier avec des chiffres dessus !?? Et qui les fabrique ?
-Ben c'est nous... "

Blog du film "La dette" (http://ladettelefilm.blogspot.fr)

vendredi 24 juillet 2015

Les mouettes sont des oiseaux de paradis


J'ai ouvert mon volet ce matin, le soleil se levait, éblouissant dans un ciel déjà bleu j'entendais la mer frapper la dune, tout près. De subtils rayons de lumière orangée frappaient par en-dessous un vol de mouettes paresseuses. Elles tournaient lentement, volant bas et sans hâte, changées par la magie des premiers rayons en un flamboyant vol de phénix et d'oiseaux de paradis. Elles semblaient prendre plaisir à cette transformation fugace, poussant des cris presque joyeux . Toutes à la joie d'échanger pour un instant leurs tristes costumes gris contre des parures plus nobles elles semblaient s'admirer entre elles comme on regarde sa propre image dans un miroir. C'était l'été, la clarté et la pureté de l'air me poussèrent au-dehors.
Je marchais sans but, le nez au vent, par les rues presque désertes, éclaboussées de lumière rose et d'ombre bleue. En émergeant de mon rêve éveillé, je me rendis compte que j'étais juste devant la façade défraîchie d'un minuscule bistrot que je connaissais bien: celui  de mon ami Gégé. Il y avait de la lumière à l’intérieur, et cela m'étonna à cette heure matinale, en m'approchant un peu je le vis derrière son bar, en train de laver et d'essuyer des verres. Cela faisait plusieurs semaines que je n'étais pas venu, je poussai donc la porte vitrée et entrai. Gégé ne broncha pas, il ne se retourna même pas, le dos arrondi sur sa tâche, j'entendais parfois couiner le torchon dans les verres humides et le son léger à chaque fois qu'il en reposait un à l'envers à la suite des autres.
Au moment ou j'allais repartir, jugeant que j'étais importun, j'entendis la voix un peu lasse de Gégé qui s'adressait à moi: "Je te fais un café Jipé?" Il disait parfois qu'il reconnaissait ses clients sans même les regarder, à la manière dont ils poussaient la porte de son rade, j'avais traité cette révélation à la manière d'une fanfaronnade et j'avais eu tort. Les gens que nous croyons connaître nous étonnent parfois de la plus étrange des manières.
Je me suis accoudé au bar "dans la position du tireur debout" comme dirait Riton, pendant que mon ami s'affairait sur le percolateur. "Çà va?" j'ai demandé, sans originalité. "Bof.." à répondu mon interlocuteur. Il y à eu un court silence comme pour digérer les implications de cet échange laconique. Et puis Gérard s'est retourné vers moi, il avait l'air fatigué et triste, j'ai compris que la raison de sa présence matinale devait être l'insomnie: "Tu savais que Minnie et moi on s'était séparés?". Minnie" c'est Mélanie, son épouse depuis bientôt vingt ans et la nouvelle me laisse un peu désemparé, je ne sais plus quoi dire, j'aurais voulu n'être pas entré et avoir évité cet instant pénible. Tout ce que je trouve à dire c'est: "oh merde! non, j'étais pas au courant.." avant qu'un silence gênant ne se réinstalle, je lui demande ce qui s'est passé, tandis qu'il pose devant moi un expresso fumant, noir comme de l'encre et qui sentait bon le matin.
Il s'est raclé la gorge, "tu vois, on ne s'entendait plus du tout, sur tout ou presque tout.." il prit sous la machine une seconde tasse et s'enfila en grimaçant, une gorgée du café brûlant: ""En fait, je me suis rendu compte qu'on faisait semblant d'être pareils, d'avoir les même gouts, tout ça... et puis au fil des années quelque chose n'a plus fonctionné, on s'est aperçu, du moins c'est ce que je crois, que nos rêves et nos aspirations étaient différents, qu'on était différents.." il regarda sa tasse et poussa un long soupir en contractant ses poumons, un peu comme un fumeur expulse la fumée d'une cigarette: "depuis deux semaines, je ne dors pratiquement pas, alors je réfléchis, je me demande pourquoi on veut toujours que les autres nous ressemblent alors que de toute évidence nous sommes tous différents. On fait des efforts on s'oblige à être pareils pour ne pas être rejetés et le résultat c'est qu'on vit toute sa vie dans le mensonge, et qu'on souffre sans savoir pourquoi, on essaie de ressembler aux autres et on leur en veut quand on s'aperçoit que ce n'est pas possible..." Il se tut, comme épuisé par la phrase la plus longue que j'aie jamais entendu de sa part.
                                                                                                                                                                  
Il me dévisageait de son regard triste, mon café commençait à refroidir, j'en bus une gorgée pour me donner le temps de forger une réponse. "Tu vois..." dis-je finalement, " ...c'est le plus vieux mécanisme du monde, dans les grandes lignes, nous sommes tous pareils face à la vie, l'aspiration au bonheur, les joies, les peines, le plaisir, la souffrance, mais si cela nous arrange, nous feront de l'autre un être si différent qu'il nous paraîtra même légitime de le rejeter voire de l'éliminer comme un déchet dans les cas extrêmes...". "Oui, c'est le mécanisme des guerres.." coupa Gégé qui m'écoutait en hochant la tête "et des génocides.." ajouta-t'il encore, il vit qu'il m'avait coupé dans mon élan et s'excusa, me priant de continuer.
Je repris la parole: "et comme tu disais, nous sommes tout de même différents, dans notre vécu, nos caractères, nous sommes ce que la vie à fait de nous, il ne faut pas s'illusionner, il est impossible de regarder l'autre et de se voir comme dans un miroir quelque soit notre désir, il est juste possible de faire des concessions et d'accepter les différences de les comprendre, voire de les aimer, mais bien sur c'est toujours facile de le dire, je suppose que c'est une part de l'évolution humaine encore à venir, en ce qui me concerne, je le sais, mais ne l'applique pas souvent...". Gégé hochait toujours la tête "Ouais, c'est vrai, faut commencer à se dire qu'on est pas parfaits et le penser vraiment.." finit'il par dire, "mais ça ne me console pas de le savoir...".                                                                                            Il déposa sa tasse vide dans l'évier et prit un verre à "shots" il se versa un Cognac et l'envoya derechef dans son gosier,  se tournant vers moi il demanda, avec un mouvement du menton: "t'en veux un?", j'hésitai, sept heures du matin, un peu tôt pour le Cognac, mais d'un autre côté en refusant, je donnais l'impression de ne pas compatir à ses malheurs. "Ok!" dis-je, dehors la lumière avait changé, les gens sortaient dans la rue, les mouettes avaient quitté leur habit de lumière.

vendredi 17 juillet 2015

Citation du jour...



"La différence entre le génie et la bêtise, c'est que le génie a des limites"

Robert Byrne