jeudi 26 mars 2015

La magie



Ce n'est pas un hobby, non, c'est seulement une sorte de superstition, on peut dire ça... Plusieurs fois, j'ai ramené dans mon bagage, je devrais dire: en plus de mon bagage, un morceau de bois trouvé en forêt. Une parcelle noircie d'un de ces arbres tombé depuis des années et dont le bois n'en finit pas de résister au temps, à l'humidité et aux insectes. En général, je suis séduit ou intrigué par la texture et la couleur du matériau et je sens ou je crois sentir, l'âme de cet arbre abattu mais qui résiste toujours, noirci par les intempéries, rongé, usé par le temps et préservé par sa propre force. Deux fois déjà, j'ai ramené en "oversized luggage"  de grands bâtons de marche façonnés dans du bois de jungle, tombé, abattu, mais j'ai plaisir à le croire, chargé d'une magie vivante. Les douaniers tiquent en le voyant, emballé dans un tissu: c'est quoi? un sabre de samouraï?, non, juste un bâton en bois... Je le trouve durant mes pérégrinations en forêt, il ne paye pas de mine, tout moche et tout sale, je l'entaille un peu et toute la beauté du bois apparaît au-dessous, je ne sais même pas de quelle essence il s'agit. J'ai seulement envie de faire revivre un peu, l'esprit de cet être végétal qui poussait autrefois vers le ciel avec véhémence et opiniâtreté, toute l'énergie de ses cellules dirigées vers ce but: capter le maximum de lumière. A présent, il gît, sur le sol humide, dans l'ombre et la pourriture, hanté par des champignons blafards, ses ossements trop durs oublié sans espoir même par les termites, je veux lui redonner une vie, l'exposer de nouveau à la clarté du jour, le toucher, sentir son grain, sa texture, sous la pulpe sensible de mes doigts, après les années d'oubli, lui donner mon attention. Alors je l'ai emporté vers ma tente, calé sur mon épaule, avec le frémissement fébrile de celui qui à trouvé un trésor. A la machette et au couteau, je l'ai taillé, dégrossi, comme on cure une plaie, parce qu’un bout d'arbre même pourri, ça peut être gros. J'ai cherché dans sa forme, une idée de son ancienne vie, j'ai voulu extraire une infime parcelle de son être pour rendre justice à sa force et à sa beauté, à celle de tous les arbres.. A plusieurs occasions, j'ai été séduit par des pièces de bois d'une couleur et d'une texture magnifiques, mais dont je n'ai su tirer quelque chose, souvent par manque de temps ou à cause de leur taille et de leur poids, j'ai dû les abandonner à regrets comme on laisse un ami de fraîche date mais déjà devenu proche. Le bâton de l'année dernière, j'aime le regarder, caresser son poli, il est long et droit, il était le cœur d'un tronc. Il n'est pas froid, la vie résonne toujours en lui, son cœur bat encore, pourrait-on dire, il contient l'idée des feuilles et des branches, le chant des oiseaux, le ventre froid d'un lézard sur son écorce, les pattes agiles de l'écureuil. Il contient de la magie, des choses qu'on ne peut voir, qu'on ne peut acheter, une essence infinie, il contient le monde...





A un moment, je me suis trouvé devant un trou, ce qui devait être l'idée d'une branche dans l"âme du tronc, j'y ai inséré un cabochon de cristal de roche ramené d'un voyage et qu'il me semblait avoir gardé tout ce temps pour qu'il trouve sa place ici...

mardi 24 mars 2015

Alien vert



Avant de partir, j'avais un peu cherché sur le net, histoire de voir si un grand malade n'était pas comme moi tombé en amour de cette île sans prétentions. Sur le blog d'un "tourdumondeur" un de ces gentils allumés du voyage qui cèdent aux sirènes du "tourdumonde" j'avais trouvé un article enthousiaste sur mon île préférée, charmé qu'il avait été le gars. Dans son tour du monde des îles, Tarutao l'avait envoûté, c'était assez exceptionnel pour que je lui laisse un message.. Et voila qu'à Ao Molae, débarque ce grand type tout maigre, aux allures de voyageur sous-alimenté et qui me regardait un peu bizarre avec mes treillis et mon crâne rasé. J'ai pas pu resister, il à fallu que j'aille le tester un peu, d'autant qu'il s'était installé sur mon ancien emplacement, d'avant la guerre des macaques.. Il était planté, assis, le dos raide comme une planche à pain devant son e-book à retoucher d'excellentes photos et au fil de la discussion, j'ai compris, mais seulement après une nuit de sommeil, qu'il était le type à qui j'avais laissé un message, l'ami de notre île sauvage. Alors, comme il à parlé de votre serviteur sur son blog, et qu'il n'a pas été méchant, je vous sers son adresse:  http://wildworldtrip.blogspot.com/    Je m'angoisse toujours un peu de parler de mon expérience, parceque c'est un peu ça le problème, les gens ne cherchent pas à tracer leur propre voie, il faut qu'il fassent pareil que vous, et sûrement pas dans le même état d'esprit, juste pour le fun et les souvenirs de vacances. Heureusement, la forêt à des gardiens, les serpents.. Ici, je crois bien que l'on pourrait durant un mois, en voir un différent chaque jour et tous à des niveaux différents de toxicité, un des moins dangereux étant le magnifique Ahaetulla nasuta, le serpent-liane, dont la morsure produit tout au plus un oedeme qui dure quelque jours. Le serpent-liane est quasiment invisible, c'est quand il traverse un chemin qu'il se fait voir, le temps pour lui de remonter dans les arbres de l'autre côté, mince et vert, d'une lenteur mesurée, sa langue est blanche, son oeil doré étrangement fendu, c'est un alien, on le croirait végétal tellement il est dans son rôle, un cabotin, en somme...

dimanche 22 mars 2015

Jipe et le monstre...



J'avais envie de faire une petite visite de courtoisie à cette jolie cascade cachée dans l'épaisseur de la forêt. J'aime y venir  rêver, loin des autres touristes et loin de tout, loin de moi-même et de mes pensées grises. Quand j'arrive à cet endroit, après plusieurs heures de marche harassante dans la jungle, trempé de sueur, je m’assois et je vide mon esprit de ses scories, comme on ouvre les fenêtres pour laisser entrer la lumière, évacuer les vapeurs nauséeuses et les mauvaises odeurs. Je me pose sur une roche grise, devant l'eau qui tombe sans relâche, une image du temps qui passe et de l'éternité, ce qui nous blesse et ce que nous ne pouvons appréhender. A cet instant pourtant rien ne me fait plus mal et tout me semble plus lumineux, d'une logique si évidente que je n'ai même pas à la formuler.
Je me sens comme dans un ventre vert ou la propre eau de mon corps est à l'unisson de celle qui coule autour des roches.  Je regarde son miroir liquide dévaler la pente, caressant les feuillages penchés sur elle et griffant la glaise brune ou se tortillent des nœuds de racines.
Les troncs s'élèvent autour de moi à la manière des colonnes de cathédrale et les arches soutiennent une voûte de feuillage, un plafond de vitraux qui colorent la lumière dans toutes les nuances du vert et du jaune. L'arcade des frondaisons est un manteau qui me recouvre avec douceur, comme on remonte la couverture sur un enfant qui dort..
Noyé dans mon rêve, je disparaît, je n'existe plus durant un long moment, mes narines aspirent le même air que respirent les bêtes et les plantes. Soudé au roc tiède, je suis devenu un étrange végétal sensible, je peux capter les moindre nuances d'odeurs et tonalités de couleurs, la vibration des sons. Je suis loin, je suis caché dans mon endroit secret, à l'écart du monde, loin des pachydermes humains qui vous écrasent et écrasent le délicat et l'admirable sans le voir. Quelle magnifique sensation! je dois m'en extraire avec regrets, à la manière dont on quitte des vêtements chauds pour entrer dans une eau glacée. Ce jour-là je prends quelque photos, frustré à l'avance de savoir qu'elle ne seront que des images mortes, figées dans un espace-temps déjà obsolète.
C'est à ce moment que je vois un truc bizarre dans l'eau claire, au pied de la cascade. On dirait un animal, un truc aquatique avec des griffes blanches. Comme je crains de faire fuir l'étrange bestiole, je me rapproche hors de sa vue et je plonge la GoPro au bout d'une canne télescopique, juste devant son nez. Je filme un peu au jugé sans rien voir, juste un bout de patte avec ces drôles de griffes blanches, ce n'est pas un varan, ça c'est sûr. Au bout d'un instant, je me rends compte que la bestiole à disparu. Plus tard, sur ma tablette, je visionnerai le court bout de film: c'est une tortue, la plus étrange tortue que je n'ai jamais vue, des yeux blancs une peau de crapaud, dire que je me suis baigné juste à cet endroit, je n'imaginais pas l'étrange compagnon de baignade que j'avais sans le savoir...



                                                  


vendredi 20 mars 2015

Une petite citation..


Un touriste avait abandonné un bouquin dans son bungalow et le souriant Deng me l'a donné. Chance, il était en Français. Il s'agissait de "Créole Belle" de James Lee Burke,. J'ai tout de suite accroché à son style et j'ai noté quelques citations qui m'ont plu parce qu’elles reflètent la vérité, en voici encore une..



"Les gens qui acceptent le monde tel qu'il est vous ont-il jamais appris quelque chose de nouveau?..."

James Lee Burke "Créole Belle"

jeudi 19 mars 2015

Des histoires...

J'en ai quelques unes à raconter, des histoires, comme ma rencontre avec la Civette des palmiers. Quel joli petit animal, gracieux comme un chat et si discret qu'il en est presque invisible. J'ai croisé plusieurs fois sa route en forêt et elle s'éclipsait sans bruit comme un petit fantôme, mais cette fois, dans la nuit, j'ai capté son regard dans ma puissante lampe et elle est restée un moment comme paralysée, j'ai détaillé son pelage gris ombré de noir, sa longue queue, sa tête fine, ses grands yeux noirs, phosphorescents, dans le rayon de lumière. J'avais ma caméra GoPro dans une poche mais j'ai oublié que je l'avais... La fois suivante, même circonstances, mais je n'avais même pas mon appareil. Et une fin de journée, comme je rentrais après une longue marche, elle est apparue sur le bord du chemin, gracieuse et délicate avec ce masque noir qui la caractérise, elle me regardait, et je me suis figé. L'appareil photo, je venais de le ranger dans mon sac, et je savais que si j'essayais de le prendre, la civette s'enfuirait, alors je l'ai juste regardée en retenant mon souffle. Quelque minutes sur scène et elle à disparu dans les coulisses, dans l'ombre de la jungle qui s'épaississait avec le jour fuyant. Frustré, un peu, c'est vrai, de n'avoir pas ramené de photo de la jolie civette des palmiers mais sous le charme de ce petit animal, mis en danger par la disparition de son milieu naturel et aussi par le fait hélas, qu'il est paraît-il bon à manger...

                     La photo n'est pas de moi, elle est tirée d'un bouquin sur les mammifères de Thailande et du Sud-Est Asiatique par Chris R. Shepherd et Loretta Ann Shepherd, il est en Anglais, comme "Birds of Thailand" de Michael Webster et Chew Yen Fook ou "Trees and fruits of Southeast Asia" de Michael Jensen qui m'aident à connaître mieux ce que je vois et donc à mieux l'apprécier.

mardi 17 mars 2015

La jungle sans les tigres...



Il y à une centaine d'années, la jungle dans le sud de la Thaïlande, devait ressembler à ça... J'ai mis ces photos en ligne parce que je les aime et que j'aime l'eau et les arbres comme on peut aimer une parenté proche. Ce monde disparaît lentement un peu partout et nous sommes les perdants et les fautifs. La nature n'a pas besoin de protection, elle s'en sortira toujours et dans un monde dévasté ou il ne resterait qu'une seule pousse verte perdue dans un désert empoisonné, la vie reprendrait ses droits. Seulement, nous serons maudits de n'avoir pas prêté attention à un héritage commun, d'avoir été aveugles à la beauté, seulement préoccupés par le sacro-saint papier monnaie, et la quantité dont on peut se rendre possesseurs, "la marque de la bête.." comme on appelle ça dans un bouquin célèbre...
C'est tellement magnifique, que mes pauvres photographies ne sont qu'un pâle reflet de ce que je vois et que je ressens. Touchez un arbre, touchez-le vraiment, non comme une chose morte, un objet inanimé, mais comme l'être vivant qu'il est, sentez sous vos doigts courir cette vie qui nous anime tous, la même, exactement la même... La vie "moderne" nous a tous rendus insensibles et nous incite à l'être encore plus, c'est un crime, un hérésie que de brider ce qui fait de nous des êtres uniques, cette faculté de ressentir et de sentir, de réfléchir et de comprendre. Vivre coupés du monde et de son environnement naturel fait de nous des machines tristes, comme dans le film "Matrix" nous vivons dans un univers fictif, virtuel, sauf qu'il n'est pas crée par les machines, il l'est par notre propre esprit. Accepter la réalité serait trop dur, trop difficile à vivre ou seulement contraire à ces nouvelles règles de vie qui font croire à chacun qu'il peut vivre heureux sans jamais s'émerveiller de la beauté et de la complexité d'un simple brin d'herbe...
Bon, j'ai encore dérapé, partagez juste mon plaisir et ma joie, ce sera déjà bien...

samedi 14 mars 2015

Ce que l'on garde


"Les seules choses que l'on garde avec soi, ce sont les souvenirs des bons moments qu'on à vécus et des gens biens qu'on à connus en route ."

Burke James Lee  "Créole belle"