mercredi 15 avril 2015

Citation(s) du jour



Celle-là n'est ni d'un sage, ni d'un philosophe, elle vient de la version en ligne d'un journal Anglais..

"Est-ce que l'ignorance et l'égoïsme individuel mèneront à une faillite collective ?.." (The economist)

A noter qu'il s'agit d'une question, mais que la réponse est sous-jacente..

En voici une autre, bien moins récente mais qui, finalement reste dans le contexte:

"Vous ne pouvez pas changer votre futur mais vous pouvez changer vos habitudes et vos habitudes changeront votre futur.."

Marco Polo (1254-1324)

Et enfin une dernière parce que sinon, ce serait de l'indigence:

"Je ne peux rien, pour qui ne se pose pas de questions..."

Confucius (551-479)

lundi 13 avril 2015

La piste oubliée...(epilogue)



Stefano est retourné sur sa plage et moi sur la mienne, mais cette expérience nous à donné envie d'autres randonnées dans des coins peu explorés de l'île. Je sais que c'est un gars solide et que je peux compter sur lui, il aime réellement la nature, ce n'est pas un touriste dilettante qui veut se la péter. En plus il n'a pas ce tic de "voyageur" qui nécessite de voir un nouveau pays à chaque voyage,  pour faire partie de la confrérie. Il aime ce pays, il en à appris la langue et la culture et il aime y revenir, surtout sur Tarutao, ou il passe deux mois, parfois trois. Pour moi, cette balade était la dernière avant de rentrer en France, avant de laisser ici le relatif paradis (mais qui me suffit) pour retrouver un enfer relatif (ça dépends des jours). Rien n'est jamais parfait, à part pour les satisfaits chroniques, heureux mortels. 
Quelques jours plus tard, je quittais l'île pour le continent, je traversais des villes grouillantes et bruyantes, de plus en plus loin d'ici pour rentrer chez moi. Je savais que j'allais vivre comme en hibernation mentale et sensorielle en ne songeant qu'au moment ou j'allais repartir.  J'essaie maladroitement de retrouver les mêmes sensations mais  rien ne peut raviver cet exaltant sentiment de tutoyer la nature, d’approcher l'âme du vivant .

Pour la petite histoire, sur le chemin pour me rendre à Bangkok, je me suis arrêté à Hat Yai ou l'on fêtait le nouvel an Chinois, je suis venu prendre quelque photos du défilé. Il y avait, sur un pick-up supportant une statue de Bouddha, un type qui arrosait les gens d'une sorte d'eau bénite censée porter bonheur pour la nouvelle année, quelque gouttes sont tombées sur mon appareil photo mais je me suis dit qu'il ne risquait plus grand-chose maintenant.
Le lendemain, mon reflex avait retrouvé toutes ses fonctions, je sais bien que l'eau du Bouddha n'y est pour rien mais je fais comme si.. Après tout un peu de magie ne peut pas faire de mal.

Après notre retour de Talo Udang, un couple d'allemands qui jouaient à Robinson Crusöe, genre:" je porte un chapeau de paille que j'ai fait moi-même et je cuisine sur la plage.." Se sont enflammés pour cette nouvelle expérience et se sont mis à clamer qu'ils allaient faire pareil! Ils ont donc couru acheter deux bouteilles de ya dong et ont commencé par en boire une.
Inutile de préciser que cela me gonflait de voir des gens, même (et surtout) ceux qui, soi-disant veulent sortir du lot, se précipiter sur les traces des autres, les nôtres en l’occurrence, sans chercher à tracer leur propre route.
Finalement, je l'ai su par Stefano, qui à quitté l'ile une semaine après moi, les Robinson ont vidé la deuxième bouteille et au bout du compte, se sont déballonnés. Je me suis senti soulagé, pour deux raisons. 
La première étant que je craignais tout de même quelque grave problème pour ces deux andouilles qui croyaient que se balader en forêt en tongs était une promenade de santé genre: "ils l'on fait, alors nous aussi on peut le faire!".
La deuxième, l'intrusion d'une paire d'iconoclastes tapageurs sur cette piste ou nous avions abandonné un peu de nos rêves m'aurait laissé comme une souillure. En fait, les choses vraiment les plus chères à nos cœurs, sont du domaine de la pensée et de l'imaginaire, elles ne supportent pas les traces de doigts pas assez propres...

Quelques images du nouvel an Chinois, Hat Yai, Sud Thaïlande province de Songkhla.



Fanfare de la ville de Hat Yai





Ce sont quand même les Chinois qui ont inventé les pétards..




vendredi 10 avril 2015

La piste oubliée...(6)



A peine levés, nous préparons déjà nos affaires, je sors deux sachets de muesli au lait auxquels il suffit de rajouter de l'eau chaude pour avoir des petits dej' energétiques, du café par-dessus et nous voilà prêts. J'ai un petit pincement au coeur de devoir quitter cet endroit et sans doute qu'il en est de même pour Stefano. Un des chiens est finalement revenu mais l'autre à sans doute fini comme amuse-gueule dans le ventre du monstre qui rôde dans la forêt. Nous finissons nos céréales, buvons un dernier café, il faut songer à y aller.
Nos sacs sur le dos, nous serrons des mains et remercions nos hôtes de leur hospitalité, finalement nous tournons les talons et descendons la petite colline vers l'endroit qui nous à vus arriver, épuisés, dans la nuit. Cette fois nous passerons à pied sec. Hier, Pet et mon ami Italien, ont installé des passerelles de fortune: un tronc en travers du ruisseau, des morceaux de bois dans la prairie, pour éviter de nous tremper les pieds avant d'avoir repris la route. Nous nous retournons une dernière fois pour agiter la main puis nous enfonçons dans les grandes herbes, au bout, le premier pont, le premier des vingt-huit.

Dernier soir à Talo Udang.
Cette fois, pas question de cavaler, une allure normale est de rigueur, Stefano à sorti son grand couteau et taille à tour de bras la végétation que nous avions négligée dans l'urgence de la course. Je vais devoir un peu tempérer son ardeur sinon nous risquons de perdre beaucoup de temps. Nous ne sommes pas tellement pressés mais il nous faut être à Talo Waow vers deux heures de l'après-midi pour avoir une chance d'y trouver un véhicule. Ce qui nous éviterait de marcher douze kilomètres de plus.
J'entends des bruits caractéristiques dans les arbres, sur notre droite, on dirait que les Langurs nous escortent, je suis sûr que ce sont eux, il n'y à que ces grands singes pour être aussi bruyants. Ils font des bonds prodigieux, d'arbre en arbre, dans un grand raffut de feuillages secoués et de branches brisées. J'ai une pensée émue pour ces étranges primates aux visages de clown. J'ai entendu plusieurs fois leur appel: un son doux qui ressemble à un sanglot d'enfant.
Sans beaucoup de peine, nous retrouvons nos traces, j'ai laissé Stefano devant, il compte les ponts, maintenant que nous en connaissons le nombre ça aide. J'en profite aussi pour prendre quelque photos, chose que je n'ai pas eu le temps de faire à l'aller, l'urgence ne le permettait pas. Je descends dans un torrent prendre de l'eau et j'effraie une énorme grenouille, plus grosse qu'un crapaud, qui plonge avec un gros plouf de nageur obèse, rien à voir avec les minuscules rainettes de chez nous.
Je suis heureux d'avoir le temps de prêter attention à la nature magnifique qui nous entoure, il fait doux, le soleil n'est pas encore très haut mais bientôt nous marcherons dans un sauna, envahi de pénombre verte.

Ça y est, nous sommes déjà trempés de transpiration, c'est inévitable, bientôt même mon caleçon et mon pantalons seront mouillés et je commencerai à exhaler une odeur un peu animale, pas le genre de parfum qui vous pose en société. Mais là ou je suis cela n'a aucune espèce d'importance, les seules narines qui sont choquées sont les miennes et finalement elles ne le sont pas tant que ça.
Au passage, je tire le portrait du bulldozer abandonné, une machine morte dans la forêt vivante, qui sera lentement digérée.
Et vingt! Stefano annonce le vingtième pont, nous faisons une courte halte pour partager des rations énergétiques et nous abreuver, c'est fou comme le retour semble toujours plus rapide, et là, en plus, il l'est pour de bon. A présent le passage est plus facile, c'est encore heureux avec toute l’énergie déployée et la transpiration versée, dire que dans une année, tout sera à refaire. La végétation, boostée par la saison des pluies réclamera rapidement ses droits et prendra à nouveau possession de la vieille route tracée par les bagnards.
Les huit derniers ponts sont franchis les uns après les autres, il est encore tôt dans le début de l'après-midi, nous sommes dans les temps, mais faudra-t'il franchir à pied les douze kilomètres restants jusqu'à Molae? Voilà, nous posons joyeusement le pied sur le sentier pavé qui traverse le site de la prison, la pensée du repos qui nous attends au bout du chemin nous stimule. Les Langurs ne se font plus entendre depuis longtemps, ils sont déjà retournés dans leur propre monde.
A Talo Waow, personne, nous nous asseyons à l'ombre du grand bâtiment, sur les bancs de ciment. Les chaussures sont enlevées les T-shirt mis à sécher. Nous attendrons jusqu'à trois heures de l'après-midi, pour nous reposer et surtout attendre un hypothétique moyen de transport.

A l'heure dite, ne voyant rien venir, nous commençons à nous préparer, il faut partir maintenant, si nous voulons être rentrés avant la nuit. Et soudain, alors que nous étions résignés à marcher de nouveau, surgit le camion bleu. Cette fois, nous devons encore attendre que les touristes aient visité le site du bagne, mais l'assurance de n'avoir pas à arpenter la route fastidieuse nous rends joyeux. Le conducteur du camion est plutôt surpris de savoir d’où nous venons et ravi de nous ramener à Molae, tandis que nous grimpons dans le camion, les touristes jettent un œil perplexe sur nos grands couteaux.
A Molae, notre ami Kaï vient à notre rencontre: "Je commençais à m’inquiéter.." dit-il, "je vous croyais perdus.. ou morts!". Toujours à dramatiser, ce bon vieux Kaï, mais c'est vrai que nous étions partis depuis trois jours, sans possibilités de donner des nouvelles, la technologie à ses limites, pas de réseau téléphonique dans la jungle et c'est bien mieux ainsi...


Le premier pont...
On the road again...





Le dernier pont, celui-ci est en bois...
Le camion providentiel!
Un peu de repos.



Coucher de soleil à Molae, fin de la route...

mercredi 8 avril 2015

La piste oubliée...(5)



La journée passe si vite, comment est-ce possible? on vient juste d'arriver, les chiens ne grognent plus après moi, ils me jettent seulement des coups d’œil craintifs. Peut-être ont-il compris quand j'ai dit: "le premier clébard qui m'emmerde, il finit en barbecue!", on est en Asie, y'a pas que les pythons qui bouffent du chien! C'est vrai, je ne suis pas trop copain avec les clebs, à cause de deux ou trois morsures, récoltées du temps ou j'étais beaucoup moins méfiant avec la gent canine. Au bout du compte, les chiens finissent par nous accepter et je finis par accepter les chiens, c'est vrai qu'ils sont couillons, mais ce n'est pas leur faute.
 J'adore cet endroit tellement isolé, combien Pet est-il payé pour être exilé sur ce bout du monde... j'accepterais de vivre ici pour rien. Adossé à la forêt, vide de désirs, sans convictions ni dogmes, éternellement. Mais comme disait le Bouddha: "Rien n'est éternel si ce n'est le changement", rien ne reste jamais pareil.

Mina à ramené de gros coquillages qu'elle à cuit au barbecue pour certains, les autres en sauce, avec du riz et des légumes épicés, c'est vraiment délicieux et Stéfano, le bouffeur compulsif, s'empiffre sans retenue, mais ou met-il donc tout ça?. On goûte le "ya dong" ramené pour Pet, c'est pas mauvais, je n'en avais jamais bu mais si le premier petit verre est agréable, il ne donne pas envie d'un deuxième. " A consommer avec modération! " comme on dit chez nous à tout propos, dès que l'on parle d'alcool, c'est récité à la manière d'un mantra comme si il s'agissait d'une formule magique destinée à dissuader l'alcoolo moyen de s'enivrer. Encore une stupidité quotidienne qui paraît encore plus ridicule ici.
Il y à plein d'endroits, autour de la baie, que j'aimerais explorer, mais ça risquerait de prendre du temps, quel dommage! Cette jungle, tout autour de nous, luxuriante, verdoyante, étrangère, mystérieuse, les adjectifs ne manquent pas. Ce monde me fascine, le foisonnement de cette vie me paraît familier comme si nous étions parents et en réalité nous le sommes, sans doute notre espèce, dans les temps anciens, est-elle sortie d'une forêt comme celle-là: la matrice originelle.  Au milieu du bois de Casuarinas, le long de la plage, gît un crâne de chien, sûrement que le python n'a pas pu le digérer; j'aurais bien voulu l'apercevoir, le gros serpent, rien que pour le frisson ressenti en voyant une bestiole pareille se balader en liberté...

La marée montante baigne les mangroves, la baie se remplit d'eau, dans le courant de la rivière, le doux et le salé se mélangent, l'ordonnance du monde ne connaît pas d'antagonisme. Je m'étonne toujours d'être ici, comme si je faisais un rêve, quand je contemple cette beauté, je me demande comment nous avons pu faire de ce monde ce qu'il est devenu, comment nous avons changé le jardin d’Éden en enfer. J'aurais voulu être un arbre dans un endroit inaccessible de cette forêt, j'aurais vécu plus de cent ans sans rien connaître du monde des hommes.
Dans l'après-midi notre hôte à fait une espèce de soupe de courge sucrée, parfumée à la noix de coco et très bienvenue comme petit "quatre heures", on s'est régalés. Ce Rital n'arrêterait jamais de manger, sucré épicé, ou même très épicé, rien ne le rebute, mais il faut bien qu'il tire son énergie de quelque part..
Les Langurs sont venus nous observer, perchés tout en haut de branches dénudées, ils sont étranges ces singes, je sens bien que ce sont eux qui nous regardent et pas le contraire. Plutôt timides en général et étrangers à l'intrusion agressive des macaques, ils ne volent pas, ils sont seulement curieux de nous. "Tiens, si on allait voir les humains, ce soir?" Ils sont perchés sur de hautes branches, en famille, ils grignotent des trucs et quand ils sont lassés, ils s'en vont. Là ils sont passés juste pour voir les nouveaux, ceux qui sont arrivés par la forêt. Je sais que c'est idiot mais je suis sûr qu'ils savent d’où nous venons.

Lentement, insensiblement, le jour s'enfuit, la baie de Talo Udang me fascine, dans la lumière déclinante, les rives de jungle ombreuse semblent appartenir à un autre monde. Je suis vraiment heureux d'avoir partagé cela avec Stefano, il à rendu l'histoire plus délirante et plus extrême, m'a tiré derrière lui comme une remorque, si il m'avait écouté, nous aurions dormi en forêt et n'aurions pas eu l'ivresse d'approcher nos limites.
Avant que la nuit ne tombe, je suis allé un peu me balader vers les mangroves, quelle paix, un endroit sans âme qui vive et vierge de la bruyante foule des touristes, pas un bruit, juste le clapot de l'eau dans les racines, à la marée montante.
Au retour l'eau à beaucoup monté et le ruisseau est devenu quasiment une rivière, je trébuche en le traversant et mouille mon appareil photo, c'est un reflex et il n'est pas du tout étanche. La tuile! je n'ai plus accès à aucune fonction ni réglage de l'appareil, tout ce que je sais c'est qu'il peut toujours prendre des photos, c'est mieux que rien. Il faudra que je trouve un appareil étanche pour la prochaine fois, cela fait plusieurs années que je balade celui-ci partout et n'importe ou. C'est un miracle qu'il ait résisté si longtemps.
Nous avons le cœur gros en regardant rougir les cimes des arbres à l'Ouest, demain matin nous quittons cet endroit pour rendre à Pet et sa compagne, leur tranquillité. Nous irons de nouveau sur la vieille piste endormie réveiller les fantômes assoupis des prisonniers morts..
Deux chiens ont disparu, ils n'ont pas répondu aux appels et ne sont pas venus au casse-croûte, sans doute que le python lui, est venu au sien..
A suivre...

La chambre des petits..


Stefano dans ses œuvres...

Tiens, si on allait voir les humains?
Tout au fond, l'île Malaisienne de Langkawi

Mina nettoie les coquillages

Un dangereux molosse!






dimanche 5 avril 2015

La piste oubliée...(4)




D'un bond je franchis le ruisseau, dans le cercle d'eau transparente éclairé par ma lampe, je vois s'enfuir une vipère brune qui nage en ondulant son corps souple. Devant, une lumière s'allume sur ce qui paraît être une petite éminence couverte d'herbe, une voix d'homme retentit, qui sûrement ordonne aux chiens de se calmer, j'aime autant ça. En nous approchant, nous voyons une maison aux murs blancs et un type à cheveux gris vêtu d'un sarong, en ombre chinoise sur le pas de la porte, il à l'air d'être à la fois étonné et amusé de nous voir (ils sont fous ces farangs!) nous le saluons et il nous fait entrer dans ce qui est la "station de Rangers de Talo Udang" l'ameublement est spartiate, une petite table en bois et deux chaises, sur une petite étagère dans un coin, une bouilloire électrique et des sachets de café, au fond un réchaud à gaz et des gamelles en aluminium.
 Pet, c'est son petit nom, nous dévisage en souriant, il est le Ranger en poste ici. Il nous offre de l'eau, nous nous débarrassons de nos sacs, soudain devenus si pesants, de nos chaussures et de nos T-shirt réduits à l'état de serpillères détrempées et nous-nous écroulons sur les chaises offertes. Stefano fait la causette en Thaï. Nous buvons verres sur verres, l'eau bienfaisante coule en nous et nous réhydrate, je m'aperçois que mon bras, douloureux d'avoir manié la machette durant des heures, peine à soulever un simple verre d'eau!  et mon ami l'Italien se sent aussi brisé que moi..

Une petite femme ronde et souriante qui parle fort et rit beaucoup se joint à nous, c'est Mina, l'épouse de Pet, elle parle un peu d'Anglais et elle aussi est passablement étonnée de nous voir débarquer par la vieille piste, à cette heure-là, en plus. Je n'arrive pas non plus à croire que  j'ai accepté de laisser mon hamac, et que j'ai du marcher dans le noir, sans même  voir ou je mettais les pieds.                                  
On est tout éraflés, bras et visage, Stefano à des enflures sur le front et la joue suite à son accident en forêt, sa rencontre fortuite avec un quelconque liquide toxique. Elephant man, je l'appelle, ça le fait moyennement rire, mais Pet le rassure, c'est certainement la sève empoisonnée d'une liane qui à causé la brûlure, mais grâce à son traitement de choc, d'ici quelque jours il n'y paraîtra plus.
C'est à ce moment que nous réalisons n'avoir rien mangé depuis ce matin, complètement immergés comme nous l'étions dans notre course vers l'Eldorado et j'ai soudain compris le sens de l'expression: "à marche forcée".


De nos sacs à dos, nous sortons les barquettes contenant les copieuses portions de riz sauté au poulet et aux légumes que nous avions achetées au restaurant de Molae le matin même et nous les engloutissons sans autre forme de procès. Pet nous prépare un endroit ou dormir, une vraie chambre, avec deux petits lits qui ont l'air d'être pour des enfants, l'ensemble serait plutôt rustique pour d'autres que nous mais c'est un véritable palace. Un café, une douche, la douche de base Asiatique: au bassin et à la gamelle, et le monde nous paraît magnifique, en fait, il l'est.
Il est presque huit heures du soir, en tout, nous avons marché dix heures! je n'en reviens pas, le plus dingue c'est la jungle la nuit, un truc plutôt dangereux, à cause de la mauvaise visibilité et du fait que vers la fin, nous avons accéléré l'allure en sentant le bout de la piste. J'ai vérifié dans un miroir, pas de traces sur le côté du visage, là ou j'avais cru heurter quelque chose d'épineux. Par contre j'ai une grosse griffure sur le front dont je n'ai aucun souvenir. et des plaies sur les mains, bénignes, des estafilades peu profondes, je trouve qu'on s'en est plutôt bien sortis.
D'après notre hôte, il y à vingt huit ponts qui jalonnent la piste! j'étais loin du compte, vingt huit foutu ponts! ça me laisse rêveur et Stefano aussi. Pet et son épouse sont partis se recoucher, il nous à demandé de laisser la lumière allumée dans la pièce principale et la porte d'entrée ouverte. Je trouve tout de même ça un peu bizarre, vu que tout était éteint et clos quand nous sommes arrivés mais bon, sans doute une manière de signaler à un navigateur nocturne, qu'il à des visiteurs inattendus.
Stefano s'est déjà assoupi, moi, j'ai du mal à m'endormir, malgré ma fatigue, des crampes me déchirent les muscles des cuisses alors j'évite de bouger, j'écoute les bruits de la forêt tout autour de nous, par les fenêtres grande ouvertes sur la nuit, l'univers s'étend au-dehors, la beauté du monde vivant me prends et m'étouffe, des larmes de joie me viennent, mais je m'endors plutôt.

Au matin, je suis le dernier à me lever, tout chiffonné, mais content d'être là et de toute manière nous ne repartirons que demain, en nous voyant si fatigués Pet nous à proposé de rester nous reposer une journée de plus. Je vois par les fenêtres, la lumière rasante du soleil eclairer la baie de Talo Udang,  à marée basse la mer se retire sur plus de six cent mètres, là-bas, les mangroves se colorent de rose. Je peux enfin voir les molosses, couches sur l'herbe devant la maison, en fait ce sont de petits roquet d'aucune race définie et ils sont sept ou huit, ce qui, dans le noir total, quand ils aboient tous ensembles produit un effet assez inquiétant. Selon Pet, ils servent régulièrement de casse-croûte à un gros python qui rôde dans le coin, il en à déjà perdu sept, en fait il est obligé de renouveler régulièrement sa "meute", mais pour éviter les problèmes avec les singes, on n'a pas trouvé mieux. C'est vrai qu'il à un papayer et deux beaux jaquiers avec de magnifiques fruits en train de mûrir, un jardin potager, un vrai jardin tropical ou tout pousse sans que l'on s'en préoccupe et il ne ferme jamais ses fenêtres.
La nature à trouvé ici son équilibre, les singes ne peuvent s'approcher de la maison, pour satisfaire leur gourmandise, mais le python se fait des amuse-gueule avec les chiens. D'après le Ranger, qui l'a vu une fois, le serpent ferait une douzaine de mètres, moi je pense qu'il est un peu porté à l'exagération et que huit mètres serait déjà une belle taille. Devant la maison, à côté des chiens qui grognent mais ne s'approchent pas, je regarde la haute muraille de végétation et je me demande quels monstres elle abrite.
Mina est partie, escortée par la meute, pour chercher des coquillages sur la large surface de plage découverte par la marée. Avec Stefano, je sillonne la longue plage de sable humide et de vase, cela nous paraît tellement irréel d'être ici, réellement au bord du monde, au loin on voit la maison, adossée à la jungle et cela me fait penser à ces cabanes sur pilotis, que l'on voit au bord des igarapés, des bras morts de l'Amazone.
A suivre...





Mina part aux coquillages..


Stefano, Pet, et une partie de la redoutable meute...
   




vendredi 3 avril 2015

La piste oubliee...(3)


Finalement, nous arrivons à Talo Waow, point de départ véritable de notre périple, déjà écrasés de chaleur, suants sous un soleil de plomb fondu. Nous n'avons pas vu même le mirage d'un moyen de transport et nous octroyons une petite demi-heure de repos à l'ombre d'un bâtiment vide, histoire de faire un peu sécher nos T-shirts au soleil sur le béton brûlant et d'enlever nos chaussures pour laisser reposer nos pieds. Une trentaine de minutes plus tard, nous sommes pratiquement secs, les chaussures de nouveau enfilées et c'est reparti.

D'abord il faut refaire le chemin parcouru lors de ma brève reconnaissance de la piste, le site du bagne, la route pavée, puis la piste de terre, je retrouve sans trop de peine la route que j'avais tracée, ce chemin est franchi assez rapidement, c'est autant de temps de gagné parce qu’il va falloir ne pas traîner si nous voulons arriver avant la nuit, il nous reste moins de sept heures et je suis moins optimiste que Stefano. Mais on s'en fout, après tout on verra bien, pour l'instant nous devons nous concentrer sur le chemin devant nous.
Le troisième pont marque la limite de mon exploration précédente, à partir de l'autre rive du torrent ou je n'ai pas posé le pied, il va falloir manier les machettes pour ouvrir la route et notre Rital s'y colle avec un plaisir non dissimulé. Le tracé de l'ancienne piste est envahi par des plantes et des palmiers qui coupent toute visibilité et il faut tailler de jeunes arbustes envahissants de parfois deux ou trois mètres de haut. Malgré nos efforts il est impossible de débroussailler la largeur totale de ce qui était autrefois une véritable voie de circulation, mais j'ai expliqué à Stefano que ce doit être dégagé de manière visible. Pour qu'une piste soit facilement retrouvée il faut qu'elle soit "lisible" que l’œil perçoive immédiatement comme un layon, un sentier déjà pratiqué, sous peine de connaître des difficultés à retrouver ses marques voire à risquer de s'écarter de quelque mètres de la piste d'origine, ce qui peut suffire pour se perdre. Ce qui n'est pas souhaitable, car elle est à la fois notre but et notre guide.

La forêt est magnifique, luxuriante au possible, mais nous ne prenons pas trop le temps de l'admirer. Nous sommes plusieurs fois confrontés à des arbres abattus entremêlés de palmiers épineux, les contourner est parfois la meilleure option. Nous rencontrons plusieurs ponts, il faut parfois sauter la crevasse qui s'est formée par l'action des eaux de ruissellement entre le tablier et la berge mais ces ouvrages nous indiquent que nous sommes dans la bonne direction. Après quelque heures, mon bras, celui qui tient la machette commence à fatiguer, je laisse le Rital passer devant, il n'attends que ça. Il faut dire que sa belle énergie fait plaisir à voir, j'ai toujours admiré ça chez lui, cette manière de foncer têtue et sans faiblesse. Il faut seulement que parfois je le réoriente dans la bonne direction, son œil moins exercé que le mien, ne reconnaît pas toujours sous ses pieds, le sol de l'ancienne piste, surtout que les fossés censés la border de chaque côté sont parfois quasiment effacés par le ruissellement. A d'autres moments, sur une centaine de mètres, la vieille route s'ouvre devant nous, presque intacte, mais cela ne dure pas.
L'heure avance plus vite que nous, je me garde de faire la réflexion mais Stefano s'en est rendu compte aussi bien que moi et il force l'allure avec l'opiniâtreté d'un taureau furieux en m'entraînant dans son sillage. Il taille, taille, à un moment, il pousse un cri, se tient la figure à deux mains, il me demande d'asperger son œil gauche avec de l'eau, comme j'utilise un système d'hydratation avec un tuyau, je remplis ma bouche je m'approche je et crache. La brûlure s'apaise un peu et il décide d'appliquer une recette locale, il urine dans une bouteille d'eau vide et s'asperge le visage.  Cette fois ça va bien mieux, je dis: "tu sais, j'ai craché dans ton œil, j'aurais pu pisser aussi, pas de problème.." il rit, son globe oculaire est très rouge et nous ne savons pas ce qui à provoqué la brûlure: un jet d'acide formique, une goutte d'une sève toxique?

Nous repartons finalement, mais je me rends compte que j'ai épuisé ma réserve d'eau, pas le temps d'en prendre dans un ruisseau, Stefano partage ce qui lui reste, le jour décline rapidement mais la visibilité est encore très bonne. Nous enchaînons les ponts, il y en à un qui est complètement détruit, les eaux de ruissellement l'ont sapé par en-dessous, j'ignore combien nous en avons passé, une douzaine sans doute. Sur le bord de la piste, un vieux bulldozer abandonné, rouille dans la végétation, pas le temps de s'attendrir sur son sort, la forêt à gagné le combat, la machine à perdu.
Cette fois, la lumière décline vraiment, l'ombre rampe entre les troncs, le ciel s'assombrit graduellement, et finalement il faut avoir recours aux frontales, les obstacles et les dangers deviennent plus difficiles à voir, la forêt n'est plus verte elle est grise dans les faisceaux blancs. Les grands couteaux au bout de nos bras se lèvent et s'abattent, il fait le plus gros, moi derrière, je taille ce qu'il à laissé, la fatigue me prends dans un étau poisseux mais seulement quand j'y pense alors j'évite d'y penser.                                                                                                                                       


Cette fois, une nuit de goudron est tombée sur la jungle, mais nous avons de la chance, le but semble se rapprocher, la végétation est plus clairsemée, la route plus facile, je décèle des traces de passage humain pas trop anciennes. Soudain, je me cogne dans un truc que je crois épineux, douleur, panique, je me touche le visage: pas de sang sur mes doigts, mais il est difficile de bien voir, on trace on ne réfléchit pas. Encore un pont, combien? me demande mon acolyte, je ne sais pas, quinze ou seize. Juste après, des herbes hautes, c'est l'adrénaline qui nous pousse en avant, nous sentons le bout de la route, il y à de l'eau, mes chaussures sont trempées. Après les herbes, un ruisseau qui serpente dans le sable et au-delà un noir d'encre. Nous entendons des aboiements de chiens, toute une meute à ce qu'il paraît, on dirait que nous sommes arrivés. "On va se faire bouffer!" me lance Stefano mais je n'en ai rien à faire, si une bestiole m'attaque, je la découpe à la machette, je veux m'assoir, m'arrêter et surtout boire de l'eau, cela fait déjà un bon moment que nous avons épuisé nos réserves et la soif nous tenaille....
A suivre...

mercredi 1 avril 2015

La piste oubliée...(2)






Stefano, je l'ai connu par un ami commun, le joyeux et rondouillard Kaï, ranger sur Tarutao et employé au restaurant de Molae durant la saison touristique. Stefano et moi, on ne se ressemble pas du tout, pas la même vie, ni les même goûts dans beaucoup de domaines,  pas le même âge non plus, dix années de différence, mais là ou on se rejoint, c'est qu'on aime la nature, les animaux, le soleil et... notre île sauvage. Généralement, durant les six ou sept semaines de mon séjour, je viens le voir régulièrement, lui aussi de temps en temps, franchit les quatre kilomètres qui séparent nos "résidences" respectives pour nous rendre visite, mais nous sommes des solitaires. Solitaire, je le suis bien plus que lui  je pense, parce que je passe seul la majeure partie de mon temps, en forêt, sans souffrir de solitude le moins du monde. Lui c'est un Rital, issu d'une civilisation ou il n'est pas concevable de vivre seul, un peuple chaleureux. L'an dernier, je l'ai emmené jusqu'à ma cascade cachée pour un bivouac qu'il à apprécié, obsédé qu'il est par le besoin de surprendre la vie sauvage. Toujours à jaillir de son hamac en pleine nuit, lampe à la main, juste pour un bruit d'animal dans le noir, un frôlement qui réveille son avidité de surprendre un être improbable. Avec ça une énergie presque inépuisable et un curiosité sans borne, le compagnon idéal pour une randonnée en terrain inconnu.
 Quand je lui dévoile mon projet; son œil s'allume: c'est OK pas de problème, sauf qu'il aimerait bien se débrouiller pour ne pas faire la première dizaine de kilomètres à pied d'autant plus qu'il aura déjà parcouru quatre kilomètres pour me rejoindre ici et je suis plutôt d'accord, sauf qu'il est difficile d'avoir une assurance à ce sujet. Nous pourrions louer le camion pour nous emmener mais ce n'est pas du jeu, défendu de tricher et étant donné la durée de nos séjours, nous vivons à l'économie. Finalement, nous-nous mettons d'accord pour un départ dans quelque jours, d'ici là il doit se procurer une bouteille de "ya dong" un alcool soi-disant médicinal, censé servir de cadeau pour le Ranger de Talo Udang. Stefano parle le Thaï et un gars de sa connaissance lui à expliqué que ce serait une bonne idée, qu'il nous inviterait à sa table et que là-bas on trouvait les meilleurs et les plus gros coquillages de l'île.  Ces Thaïlandais! ils nous ressemblent vraiment beaucoup, ils ne pensent qu'à la nourriture. Moi, de mon côté, je soupçonne le type de prêcher pour sa paroisse, vu que c'est lui qui fabrique le "ya dong" et qui le vends. Il fabrique ça à partir d'un petit arbre de la forêt, qu'on appelle ici: "malaria tree", je le connais, un tronc long et étroit au maximum cinq à six centimètres de diamètre sur six mètres de haut, une touffe de feuilles tout en haut, comme un palmier. En Malaisie on l'appelle 'Tongkat" et toute sorte de vertus sont attribuées à sa racine, dont une qui préoccupe beaucoup les hommes en général et surtout ici: restaurer la vigueur sexuelle. L'idée que ce gars coupe un arbre, même petit et plutôt rare en forêt, pour fabriquer son tord-boyaux à vocation "médicinale" ne me plaît pas beaucoup mais je ne suis pas chez moi et je n'ai rien à dire sur l'utilisation des ressources dans un Parc National.
                    
La veille du départ Stefano est venu installer son hamac entre deux arbres pour être sûr d'être là de bonne heure le matin et aussi pour s'éviter d'avoir plusieurs kilomètres à faire avant même d'être parti. Il s'est réveillé excité comme une puce; Picha, un Ranger que nous connaissons, lui prête un grand couteau dans sa gaine, suffisamment long et affûté pour servir de machette et il piaffe d'impatience de s'en servir. Ce qui m’inquiète un peu plus c'est qu'il à décidé de laisser ici son hamac équipé d'une moustiquaire, sûr qu'il est d'arriver avant la nuit et d'être hébergé chez le Ranger de Talo Udang. Je ne suis pas très chaud pour abandonner la possibilité de bivouaquer en forêt: d'après mon expérience et quelque calculs rapides: une heure de marche dans la jungle en taillant son chemin équivaut à avancer d'un kilomètre, voire de deux ou peut-être un peu plus dans de bonnes conditions. Il nous faudra donc au moins sept heures pour franchir les douze kilomètres de piste envahie par la forêt, plus deux heures pour les dix kilomètres depuis Molae. Selon moi: impossible d'arriver avant la nuit. "On finira à la frontale!" qu'il me lance en entendant mes réticences. Bon, j'abandonne à regrets mon hamac, après tout on verra bien, l'enthousiasme du Rital n'admet pas de pessimisme dans les rangs.

 Le premier kilomètre entre Molae et le croisement des routes nous le faisons en camion, mais ensuite il doit emmener des gens vers la jetée, de l'autre côté et il ira "peut-être" plus tard dans notre direction, si des touristes louent ses services pour aller visiter le site de la prison. Cela nous laisse une petite chance d'être ramassés sur la route, mais vraiment petite, nous voila donc partis, avec nos sacs sur le dos, un peu de nourriture, trois litres d'eau chacun, des affaires de toilette, les sacs de couchage, appareils photo, T-shirt de rechange, machettes, bref le minimum nécessaire et j'ai en plus des pastilles pour purifier l'eau au cas ou.
Comme nous sommes le matin, le soleil est encore bas derrière les arbres et il ne fait pas trop chaud, nous prenons la route joyeusement, Stefano est ravi de l'aventure et moi aussi, les oiseaux chantent dans les grands arbres qui dominent la route, des singes crient à notre passage, un écureuil géant nous regarde passer, il est gros comme un chat avec tous les attributs d'un écureuil: queue touffue, agilité, un pelage noir, le ventre brun clair, il à l'air tout énervé et marmonne dans sa barbe. Le temps passe et nous avançons alors que notre perfide ami le soleil, commence à darder ses rayons brûlants sur nos épaules et nos crânes dés que nous quittons l'ombre des feuillages. Nous entamons une montée vraiment raide qui commence à pomper l'eau hors de notre corps, Stefano ruisselle et moi aussi, dire qu'on à pas encore commencé le vrai périple et nous n'avons parcouru qu'un petit cinquième du chemin. Nos oreilles tendues guettent le bruit improbable d'un moteur derrière nous mais la route reste désespérément déserte, nous marchons pourtant joyeusement, l’énergie de chacun stimulant celle de l'autre, le monde est à nous et le ciel est bleu....
A suivre...