O Brasil!

Je voudrais parler un peu d'un voyage qui me tenait à cœur, et je ne sais pas pourquoi, j'ai attendu si longtemps. Adolescent, je rêvais en contemplant le fleuve Amazone sur les cartes du Brésil dans le dictionnaire Larousse, c'était un rêve un peu puéril, comme on en fait à cet âge ou le réel ne nous à pas encore rattrapés. Durant pas mal d'années, j'ai oublié ce vieux délire, ou je me voyais naviguer sur le plus grand fleuve du monde. Et puis, voilà, je ne sais pas pourquoi, un jour, il n'y à pas si longtemps, peut-être trois ou quatre ans, j'y ai repensé, ce souvenir d'un souvenir est ressorti des limbes de mon enfance et j'ai eu envie d'acheter un billet d'avion pour Salvador de Bahia, rien que le nom, ça fait rêver, non? Bahia de tous les saints, c'est un beau nom. Donc, je suis parti voir mes potes en Thaïlande et ensuite, un grand saut sur un autre continent, pour beaucoup moins cher qu'une télé plasma. Le rêve, sachez-le, à la valeur qu'on lui donne mais ne peut être possédé, seulement vécu.



Ce beau jour de Février, j'ai atterri à Sao Salvador de Bahia, je ne me lasse pas de prononcer ce nom, porteur de tellement d'imaginaire. Le taxi m'a demandé si il pouvait mettre de la musique! quel euphémisme! si je dois écouter de la musique, ce sera dans le taxi qui doit m'emmener au Pelourinho, la vieille ville de Salvador, la colline sur laquelle les navigateurs Portugais ont bâti la première cité!. Ce quartier, c'est une légende, j'y ai rencontré un jeune voyageur, fumeur de joints et joueur de flute (dans cet ordre-là) et deux Français plus âgés, qui zonaient dans le coin pour cause de dettes dans notre cher pays natal. Nous avons éclusé de la cachaça et des histoires du pays, ils m'ont embarqué dans des rades de folie ou je n'aurais jamais osé aller tout seul et puis j'ai repris la route de mon rêve. Des sauts de puce dans des avions de merde, jusqu'à Bélem, grande ville de six millions d'habitants plantée au bord du delta de l'Amazone, ce nom-là aussi, sonne à mon oreille comme une magie. J'ai traîné un peu dans cette ville, dans les bars ou on joue de la musique, je me suis tapé une balade en pirogue dans les igarapés, une randonnée dans la jungle et une croisière sur l'Amazon Queen, un de ces jolis bateaux de bois qui cabotent le long des rives envahies de végétation, quelque visites dans les villages caboclos et des repas simples de poissons du fleuve.  Bélem, vue depuis le large, semble flotter sur l'eau jaune, une ville moderne, plantée au bord d'un fleuve qui fait penser au début du monde. Un dimanche, Bélem était déserte, j'ignore ou étaient passés les gens, les grandes rues naguère si animées étaient vides, pas un pièton, pas un véhicule, mais je n'avais pas envie de rester dans la chambre exigüe de l'Amazon hotel. Alors j'ai vidé mes poches, j'ai rempli un vieux portefeuille de baths Thaïlandais que j'avais oublié de changer, j'ai pris mon appareil photo et mon vieux sac et je suis sorti me balader. Bien sûr, est arrivé ce qui devait, dans une rue déserte, je me suis senti choper par le col de mon T-shirt, tandis qu'on m'appuyait la pointe d'un couteau dans le bas des reins. je me suis retourné vivement, balancé quelque coups de latte, mais un des gars à brandi son couteau au-dessus de ma tête et m'a dit un truc en Portugais genre: tu te calmes ou je te plante! donc j'ai laissé mon sac, en fouillant mes poches, ils n'ont pas senti les Réales mais le portefeuille bourré de Baths qu'ils ont embarqué en croyant toucher le pactole et ils se sont barrés vite fait, parce qu'ils étaient pas la pour faire la causette.
C'est drôle, quand j'y repense, je ne suis pas plus courageux que la moyenne, mais je n'ai pas eu les jetons une seconde, par contre, j'ai du racheter un appareil photo, le mien était merdique et celui-là, compte tenu du coût de la vie prohibitif par rapport à l'Asie, était encore pire. Le patron de l'Amazon hotel était sympa et le gamin qui y travaillait aussi, il m'a passé tout un CD de musiques régionales, Carimbo et autres et puis j'ai pris une place sur un gros bateau en partance pour Santarèm, une cabine, mon expérience à Bélèm m'avait refroidi, j'ai pensé que le hamac n'était pas l'idéal pour surveiller mes affaires. J'avais pas envie d'aller à Manaus, trop grosse ville à mon goût, et puis le temps file si vite. Trois jours et trois nuits sur le fleuve le plus mythique du monde, j'étais comme camé à mort, impossible de décoller du bastingage du lever au coucher du soleil, je voulais me remplir comme si j'avais trouvé des lingots d'or. De jeunes touristes, des Allemands, m'ont branché, on à bu des bières, c'était tout ce qui paraissait les intéresser, moi, j'étais hypnotisé par ce fleuve, couleur de boue et couleur d'or qui semblait aussi vaste que la mer. La sono du bord balançait du carimbo ,à fond et moi, je regardais, d'un bord, la verdure sans fin et de l'autre le clapot de la mer jaune, même maintenant, je n'en suis pas revenu, je suis encore là, les mains crispées sur le bordage, défoncé, sans drogue, sans fumette, sans rien, que mon rêve.
Santarèm, l'escale, une foutue ville un peu pourave au confluent du Rio Tapajos et de l'Amazone, les eaux noires et jaunes qui se suivent sans se mélanger. Une femme taxi plutôt sympa, m'a dégotté un hôtel vraiment craignos mais pas cher du tout et avec des chambres gigantesques tout en béton. Je suis tombé sur un jeune gars de Toulouse expatrié en Guyane, un amoureux de la forêt, tout comme moi, on était encore Dimanche, pas un pélerin dans la ville, mais bordel, ou ils vont tous? Dans ce bled paumé, la nuit, je sentais que j'allais déprimer, j'ai fait part de mon spleen au gamin, et voilà le miracle: il à de la cachaça, du citron vert et du sucre de canne, providentiel, je vous dit! Vraiment sympa ce petit gars, la bouteille finie on était devenus super copains et on est partis dans la ville déserte, fait comme j'étais, fallait pas me chercher! On se demandait depuis un bon moment ou étaient passés les habitants du bled et tout d'un coup, au détour d'une rue, on entends des sons suspects. Après réflexion c'était de la musique, des sons de fête, et on tombe sur une grande place avec des gens qui dansaient, qui s'amusaient comme s'amusent les Brésiliens, ils étaient là les bougres! Alors on à fait pareil, j'avais le nouvel appareil photo made in china, mais je ne suis pas arrivé à faire un plan correct, bizarre, ça bougeait tout le temps!
Le lendemain on s'est fait la balade au bord de la plage sur le rio Tapajos, il avait un plan pour aller chez les indiens du coin, goûter à la liane ayauhasca, vous savez le machin qu'on se souffle dans les narines! mais j'avais pas le temps, fallait déjà rentrer et puis y'avait un truc que je n'avais pas prévu: le carnaval de Salvador. Je me fais des vacances de blaireau, je ne prévois rien, je ne savais même pas que le carnaval correspondait à la date de mon départ et quand je l'ai su je me suis dit que rentrer trois jours plus tôt sur Salvador ça pouvait être bien. On se sentait en sécurité, des flics partout et des petits stands de bière ou de cachaça, des musiciens dans les bars, de la bossa nova, j'ai écouté "a garota de Ipanema" en portugais dans le texte, de la capoeira, les défilés des écoles de samba et moi, qui essayait de faire quelque chose de ce putain d'appareil photo de merde. Je me suis gavé comme un pourri d'images et de sons et je me suis fait engueuler parceque je logeais dans un dortoir et que je dormais à poil, quoi! t'as qu'a pas regarder! Quel sans-gêne ce gars, il à réalisé un rêve et il se croit tout permis! et le pire c'est que je suis resté perché, des fois je me dis: putain, j'étais à Salvador de Bahia!



Bélèm vu du fleuve

Amazone










repas de pirarucu

coucher de soleil sur l'Amazone




Santarèm

J'arrive pas à faire la photo



Port de bélèm



Bossa nova, carnaval de Salvador








O filhos de gandhi scuola de samba



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